OBLIQUE/S est un réseau professionnel des arts & cultures numériques en Normandie qui communique, informe et développe les initiatives artistiques et culturelles en relation avec le numérique.

Les Santiago Boys

Evgeny Morozov

Éditions divergences, 2024

C’est un double programme qui associe un livre traduit par Antoine Lheureux, Samuel Monsalve et Alex Taillard et un site (en anglais) très riche, composé de sources sonores et d’archives très nombreuses sur le même sujet des « gars de Santiago » : https://the-santiago-boys.com/

Il faut noter que ce site et ses contenus est co-produit par Post-Utopia, un média fondé par Evgeny Morozov (docteur en histoire des sciences, Harvard), qui s’est fait connaître et remarquer à partir de 2013/2014 avec Pour tout résoudre cliquez ici : L’aberration du solutionnisme technologique.

Les Santiago Boys sont de jeunes ingénieurs idéalistes qui tentent de constituer un réseau d’information automatisé à la demande de Salvador Allende, fraîchement élu président du Chili. Avec un conseiller anglais haut en couleurs (Stafford Beer), ils veulent concevoir « un système informatique de gestion de l’économie chilienne en temps réel, Cybersyn, alors que le Chili tente de survivre aux assauts conjoints de la CIA, du géant de la tech ITT et des partisans de la droite locale. »
Nous connaissons la fin de l’histoire le 11 septembre 1973 et le début d’une autre, celle de la dictature de Pinochet et des Chicago Boys de sinistre mémoire (l’Indonésie avait eu sa « mafia de Berkeley »), qui ont fait du Chili un laboratoire de l’ultra-libéralisme qui a largement inspiré Margaret Thatcher (remember TINA, There Is No Alternative !)
L’enjeu politique était la souveraineté : « il faut chercher à développer localement la science et la technologie, si l’on veut sortir de cette contradiction entre développement et sous-développement. »
Sauf qu’en face, il y a la paranoïa de Nixon, les intérêts de Kissinger, l’administration infiltrée à l’échelle du continent et la tech américaine forcément plus avancée (opération Condor).

Morozov a tenté de ne pas écrire un essai au sens académique du terme mais plutôt un ouvrage d’investigation historique et technologique au rythme d’un film d’espionnage des années 70 alternant suspense et action. On perd en clarté ce que l’on gagne en dynamique. C’est vivant, effrayant, inédit et cela redit que la technologie est politique et qu’elle n’est pas nouvelle.

Dans le paysage intellectuel des technologies, Morozov (comme Zuboff dans un autre genre) fait partie des agitateurs de conscience, dans la tradition gonzo du journalisme américain.

https://evgenymorozov.net/

Éditions divergences

Vallée du silicium

Alain Damasio

En janvier 22, Frédéric Deslias m’invitait à modérer une rencontre avec Damasio. Au cours des discussions de la journée, il nous apprenait qu’il partait en résidence à San Francisco à l’invitation de la Villa Albertine (l’équivalent de la Villa Médicis pour les États-Unis) au mois d’avril. Deux ans plus tard, Vallée du silicium est le résultat de ce voyage d’exploration dans la Silicon Valley. Essai écrit sous le haut patronage de Jean Baudrillard, il est le pendant idéal à l’essai sociologique La Tech d’Olivier Alexandre (que nous avions reçu à Nantes aux rencontres Ambivalences au festival Scopitone) et au documentaire The Last Town (sur Arte) de Fabien Benoit (également auteur de l’essai The Valley que nous avions reçu au Havre en 2019 au festival Exhibit !).

« Je suis un romancier. M’intéresse suprêmement le sentier plutôt que la carte ; l’enfrichement de la forêt plus que son quadrillage ; le récit et ses arcs plutôt que la flèche de la thèse. »

Alain Damasio ne se pose pas en essayiste mais en explorateur d’un territoire sur lequel beaucoup a été écrit depuis Fred Turner (Aux sources de l’utopie numérique, C&F, 2012) qu’il aura la chance de rencontrer. Il a le point de vue qui manquait, celui du romancier qui joue avec le langage, « le connectif a coupé net la double aile du collectif pour lui greffer à la place sa double haine », et qui vient découvrir et défricher avec sa curiosité et ses a priori, qu’il interroge.

« Notre modernité technique est l’empire de l’identique ».

Comme avant lui Mike Davis à Los Angeles (l’essai culte City of Quartz, 1990), la chronique documentaire semble relever de la science-fiction, parce que le futur s’écrit maintenant et que la SF est une écriture du contemporain.

« (…) la disruption n’est qu’une corruption profonde du travail (…) une industrie sans idée. Elle ne fait que marchandiser et monétiser une pratique ordinaire (…) L’innovation dans le capitalisme consiste 95 fois sur 100 à décalquer dans tous les champs possibles une poussée anthropologique de fond : passer de la puissance au pouvoir. »

Coralie Camilli dans L’art du combat (PUF, 2020) chroniqué sur le site d’Oblique/s définit ainsi cette différence : « Réussir un mouvement, c’est réussir à l’abandonner (…) Dès lors, il se fait geste dont le propre est de se situer dans l’économie. (…) La puissance (en opposition à la force) se caractérise par sa non-mise en œuvre. (…) Ne pas faire ce qu’on peut faire, c’est au plus haut point l’expression de la liberté absolue. »

Un expatrié français dit : « Nous sommes dirigés par l’innovation technologique, c’est la tech possible qui nous leade. On invente puis on avise. C’est seulement ensuite qu’on cherche à savoir à quoi ça pourra servir et surtout comment faire du fric avec. »

Voilà pour le programme. Bienvenue dans la baie où « les lieux publics sont déjà moribonds à Frisco, il s’en dégage une atmosphère de collapse, bien loin de la ville européenne qu’on m’avait vantée. »
« C’est un asile sans murs (Tenderloin), à ciel ouvert, qui a la dimension d’un quartier à deux blocs du siège de Twitter. (…) Chacun affronte la totalité de la misère à lui tout seul. Certains parlent, certains crient, sauf qu’il y a autour d’eux une telle épaisseur de vide que la ville entière s’y dissout. » (…) « Mais je ne peux pas m’empêcher de me poser cette question : comment peut-on adosser, accoler presque, la richesse la plus obscène à la pauvreté la plus féroce ? »
On pourrait se croire dans le roman La famille royale de William T. Vollmann (Actes Sud, 2004).

Alain Damasio relève enfin une dimension qui n’est explorée que par les artistes : celle du corps.
« Bientôt, je me dis, bientôt on ne bougera même plus. (…) Nos besoins s’épuiseront dans des salles de fitness… »
« La vérité de ce monde qui vient est qu’il ne veut plus, physiquement, qu’on bouge.
Plus précisément, il ne veut plus que les corps - par nature contagieux, dérangeants par leur présence et bien trop vivants pour être tout à fait contrôlables - bougent. 
Par contre doit se conserver l’impression de bouger (…) une mobilité mentale et pulsive qui n’a plus besoin des jambes pour opérer. (…) Bouger doit générer de la trace, pas de la liberté. Communiquer doit nourrir les datas. (…) Les réseaux seuls ont le monopole de la trace assurée. Donc tu dois circuler en eux. Tous les déplacements que vous ferez dans le métavers tiendront dans un carré de deux mètres par deux. »

Le corps serait un outil, une machine à performer. Les sciences humaines sont l’angle mort de l’industrie numérique. Un expatrié dit : « il nous faudrait des comités d’éthique, se poser la question des répercussions sociales, psychologiques ou politiques de nos découvertes et des techs que nous imposons à la société. »
« Il a tout à fait raison. Mais toute la culture californienne s’oppose frontalement à ça. »

À la critique, la tech répond : « la technologie est neutre, son impact ne dépend au fond que du bon ou mauvais usage qu’on en fait. C’est une idée courte, et même une idée stupide. » conte laquelle il faut se battre.
Il y a « le fantasme de dépasser la condition humaine, la conjuration des peurs, la volonté de pouvoir et la paresse jouissive. »
On ne pourrait mieux dire.

Pour l’actualité locale indépendante, culturelle et politique à San Francisco :
https://48hills.org

https://www.seuil.com/ouvrage/vallee-du-silicium-alain-damasio/9782021558746

PS : J’ai bien compris le procédé de « féminisation » de certains chapitres mais on conseillera plutôt la lecture de Wikifémia de Roberte la Rousse (Cécile Babiole et Anne Laforet, UV éditions, 2022) que nous avions présenté en mai 2023 à Ambivalences à Caen.

Albertine/Seuil

Python

Nathalie Azoulai

P.O.L, 2024

« Je suis une femme, j’ai plus de cinquante ans, je suis écrivain et, malgré tous ces handicaps, je veux apprendre à coder. »
Estampillé roman, c’est en fait l’auto-fiction d’une étude et d’un apprentissage pour un roman à écrire. La narratrice est autrice de plusieurs romans, elle a travaillé dans l’édition où les romans sont des sanctuaires, où le numérique incarne la fin du monde.

Si « Le seul moyen de n’être pas malheureux, c’est de s’enfermer dans l’art et de compter pour rien tout le reste » (Flaubert), alors Nathalie Azoulai ne fait pas les choses à moitié.
Elle réussit là où les auteurs et autrices de la littérature « blanche » (la noble, celle qui compte) ont jusque-là globalement échoué à représenter notre environnement numérique, n’en retenant que des clichés, n’en faisant que des prétextes à raconter des trucs déjà oubliés.
Dans son bureau, elle épingle à un tableau mural des images de toutes les références dont elle entend parler et qu’elle associe avec des figures fictionnelles ou personnelles de sa vie, elle tisse devant nous la toile de sa pensée qui se fait, tout comme se font des liens entre réseaux et puis elle interroge, réfléchit et interroge encore comme un réseau de neurones et tout dans son livre est un miroir du numérique et du code qu’elle cherche à comprendre et maitriser.
Elle trans-code en mots l’algorithme du roman encore à écrire.
Les portraits des jeunes auxquels elle fait appel (deux filles, deux garçons) sont subtils et malgré la différence d’âge, les doutes, les souvenirs et le désir, il semble qu’elle s’y sente mieux qu’avec ses ami.e.s de l’édition ignorants et/ou indifférents.
On mesure bien la panique chez les gens de lettres, qui pensent que s’ils ignorent une réalité, celle-ci ne s’accomplira pas. J’aurais presque de la peine.
C’est simple, élégant, intelligent et comme les codeurs et codeuses de Python, ça s’écrit et ça se lit avec Don Giovanni.
https://nathalieazoulai.com/

éditions P.O.L

Technopolitique

Asma Mhalla

Seuil / 2024

I’m not a number. I’m a free man

« Connaître et penser, ce n’est pas arriver à une vérité certaine, c’est dialoguer avec l’incertitude. » Edgar Morin, 1999 (p.244)

Asma Mhalla, spécialiste des enjeux politiques et géopolitiques de la Tech et de l’IA, est à juste titre très présente dans les médias pour nous éclairer sur les liens entre technologies et sciences politiques et affirmer puisque c’est encore nécessaire que ces technologies ne sont pas neutres : « La dislocation de l’intime est fondamentalement politique ». Il en résulte un « phénomène d’atomisation des individus » dans une société de masse individualisée. (p.49)

Cela conduit à intérioriser de nouvelles normes et de nouveaux « comportements particuliers et collectifs plutôt que la contrainte directe. (…)
Cette gouvernementalité algorithmique suppose un nouveau régime de vérité postulant que chaque individu est par défaut potentiellement coupable jusqu’à preuve du contraire. Et la rhétorique sécuritaire est une forme auto-légitimation (collecte de données et techno-surveillance). Cela donne liberté contre sécurité contre vie privée. Au fond, l’ère de l’information totale dopée à des algorithmes hyper-déterministes est un renoncement. À la pensée complexe, à la nuance, à la réflexion, à l’imaginaire, à l’effort. » (p.221-222)

« Il faudrait rappeler le droit absolu à l’indétermination qui est le droit de ne pas savoir, de ne pas prévoir, de ne pas être réduit ou assigné. C’est la condition de possibilité du choix, du hasard, de la contingence, de l’imprédictible, de l’ingouvernable, de l’incontrôlable, de l’inclassable, de l’incertain, de la complexité irréductible. De la liberté. De la responsabilité. » (p.241-242) face à une « pensée diluée, neutralisée dans la masse. Elle devient simulacre de pensée. (…) la Technologie Totale nivelle : tout se vaut (…) Tout s’entend, rien ne s’écoute. Tout se lit, rien n’imprime. Tout se parle, rien ne se dit. » (p.37)

A.Mhalla cite (p.29) Olivier Dollfus, dans L’espace géographique (PUF, 1970) : « Lorsqu’on change d’échelle, les phénomènes changent non seulement de grandeur mais de nature. » Dès lors, l’analyse doit dépasser la logique de silo (point de vue technique, point de vue économique, point de vue comportemental) pour avoir une vision holistique qui englobe les sciences politiques et les sciences humaines et sociales. Manque toutefois et dans tous les essais concernés la dimension culturelle et artistique que nous revendiquons comme outil d’analyse approprié. La vision industrielle a ses nombreux angles morts or « la technologie avance par et pour elle-même, mais tout en étant orientée par ceux qui la conçoivent, et inversement, dans une boucle de rétroaction infinie. (…) elle est insécable, universelle, verticale, systémique. » (p.32)
« Les socles technologiques et algorithmiques ne sont pas un simple empilement de fonctionnalités neutres. Leur conception, les arbitrages qui les précèdent, les finalités qu’ils poursuivent sont porteurs d’une certaine vision du monde. Dans la course mondiale aux normes, les lignes de démarcation portent sur les valeurs, les projets de société, l’architecture politique et technologique que l’on y associe. (p.227)

Cet essai (à mettre en regard avec ceux de Soshana Zuboff et Olivier Alexandre par exemple) est largement commenté parce qu’il permet de saisir les enjeux liés aux industries numériques et que le timing ne pouvait pas être plus pertinent au moment où pas une journée ne se passe sans une info nouvelle sur l’intelligence artificielle.
« Dans ce contexte, l’IA constitue le socle technologique et progressivement civilisationnel des sociétés hypermodernes (…) dont les BigTech sont l’infrastructure. (…) qui procède à la mise en donnée systématique du monde qu’elle désigne comme une MétaStructure (…), un véhicule idéologique qui ne s’affiche pas comme tel. Liquide dans sa forme, solide dans son intention. Elle est le pendant matériel et invisible de nouvelles structures de contrôle politique et social, un ensemble de dispositifs techniques du pouvoir. » (p.40-43)

Avec Technopolitique, la « critique » française s’enrichit d’un nouvel apport éclairant et nécessaire grâce à Asma Mhalla dont je recommande le podcast CyberPouvoirs qu’elle a produit et animé, à l’été 2023 sur France Inter.
https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/cyberpouvoirs

« Nous voulons des renseignements.
Vous n’en aurez pas.
De gré ou de force vous parlerez.
Qui êtes-vous ?
Je suis le numéro 2.
Qui est le numéro 1 ?
Vous êtes le numéro 6.
Je ne suis pas un numéro, je suis un homme libre ! »
Le Prisonnier (1967)

Seuil, 2024

La vie spectrale

Eric Sadin

Grasset, 2023

Eric Sadin écrit depuis longtemps sur le numérique oscillant entre essai et pamphlet, glissant de la sociologique vers la morale qu’il revendique au risque de perdre son lectorat en route.
On est d’accord sur plusieurs points. L’IA est une « puissance d’expertise automatisée du réel »… elle ne fait « prévaloir qu’un strict rapport schématisé et instrumental au langage et à l’image. » Sadin parle de fractalisation et de réductionnisme relationnel. Il cite Jean Baudrillard : « l’opération minutieuse de la technique sert de modèle à l’opération minutieuse du social (…) dissuasion généralisée de tout hasard, de tout accident, de toute transversalité, de toute finalité, de toute contradiction, rupture ou complexité dans une socialité irradiée par la norme, vouée à la transparence signalétique des mécanismes d’info. » Et malheureusement, en l’absence des sciences humaines, l’éthique et la régulation ne seront probablement que de faibles remparts face à la puissance techno-libérale « spectrale » et mortifère. Il cite aussi Paul Virilio en 1976 : « L’humanité urbanisée devient une humanité assise. »
L’aléatoire est le principe du vivant. Le système technologique vise au calcul anthropologique intégral. « Le corps change alors de statut. Il n’est plus le vecteur principal de la transformation du réel mais un ressort assujetti à des dynamiques à la périphérie desquelles il se situe. »
De fait, le « système » est sourd et aveugle au PFH (le putain de facteur humain dixit Hubert Reeves.). Malheureusement Eric Sadin, en surplomb et sûr de ses concepts (beaucoup de références à lui-même et se permettant au passage de considérer que Soshana Zuboff n’a rien compris au sujet) s’embarque dans des notions très personnelles telles l’abjection civilisationnelle des agents conversationnelles ou le devenir-légume de l’humanité, avec nos enfants dont les cerveaux pourraient être implantés de puces… Le procédé est un peu toujours le même, annoncer l’apocalypse que seul l’auteur a pu mettre à jour. C’est d’ailleurs dans le sous-titre : « Penser l’ère du métavers et des IA génératives. » C’est court et c’est dommage dans la mesure où personne ne traite de la question du corps qui est fondamentale dans les questions qui nous occupent.

Grasset

Contre-atlas de l’intelligence artificielle

Kate Crawford

Zulma Editions, 2021

Chercheuse et essayiste en sciences humaines et sociales, elle scrute et décortique les effets de l’intelligence artificielle, « une industrie vorace en ressources naturelles, logistiques et humaines ». Face au marketing de la « Tech », elle traite de l’environnement, du travail, des données, de la classification, des affects, de l’État et du pouvoir.
Le péché originel est de corréler IA et cerveau, malgré une IA sémantique (provisoirement mise de côté) au profit d’une IA statistique c’est-à-dire qu’il n’y a pas de sens mais uniquement du calcul probabiliste auquel on associe les sciences comportementales. « L’essentiel de la recherche en IA est exempt de tout examen éthique. »
Par ailleurs, l’IA (en tant que bras armé de toute l’industrie technologique) n’a rien d’éthérée… « les véritables travailleurs restent dissimulés au service de l’illusion que les systèmes d’IA sont autonomes et intelligents par magie. » L’IA non seulement n’est pas neutre mais elle va jusqu’à acquérir une qualité presque théologique dont les données sont le carburant. Elles « sont perçues comme consommables à volonté, utilisables sans restriction, et interprétables sans contexte. Il existe une culture internationale de la rapacité en matière de collecte… » dont le programme de surveillance Treasure Map de la NSA est un exemple extrême. Ces « systèmes sont inscrits dans le monde social, politique, culturel et économique, façonnés par des humains, des institutions et des impératifs qui déterminent ce qu’ils font et comment ils le font. »
Enfin cette superstructure est hautement matériel : « le cloud est une technologie extractive, grande consommatrice de ressources, qui convertit l’eau et l’électricité en puissance computationnelle, créant au passage d’importants dégâts environnementaux qu’elle s’efforce ensuite de masquer. » (Tung-Hui Hu, A Prehistory of the Cloud, 2015)
L’essai de Crawford offre une lecture socio-politique éclairée et éclairante d’une (r)évolution autant technologique qu’idéologique.

Son site : https://katecrawford.net

Zulma Essais

Quand la machine apprend

Yann Le Cun

Yann Le Cun est lauréat du prix Turing 2019 donc il paraît audacieux de commenter ou critiquer son essai quand nous ne sommes pas un spécialiste de l’IA. Et pourtant.
Côté compétences techniques, Yann Le Cun fait partie des références et il n’est pas directeur scientifique et de la stratégie en IA de Facebook par hasard. Sauf que le sujet est d’importance et que sa portée dépasse le cadre scientifique. L’IA (il faudrait prendre le temps d’en redéfinir les termes) est entrée de façon fracassante dans le débat public depuis la diffusion de ChatGPT il y a un an et il est d’utilité publique de s’en emparer. Il faut aussi préciser que si les médias généralistes ont « découvert » l’IA à cette occasion et en parlent régulièrement, c’est que la question les concerne directement, ce qui n’était pas le cas quand il s’agissait de robotisation de l’industrie. Ils sont inquiets à raison, ce qui n’empêche pas les approximations. On pourrait en dire de même côté « monde de la culture » sauf les arts numériques qui traitent de l’IA depuis longtemps. Je renvoie (ci-dessous) par exemple à un travail récent de Marion Balac au sein du Laboratoire Modulaire-ésam Caen/Cherbourg et à la revue qui lui a été consacrée avec le concours d’Oblique/s.

En débutant la lecture de cet essai, il faut avoir en tête d’où parle Yann Le Cun, en tant que salarié de Meta et en tant que chercheur. D’un côté il ne dédira pas son employeur, de l’autre il ne dédira pas la recherche à laquelle il consacre sa vie.
L’IA écrit-il est « extraordinairement puissante, extraordinairement spécialisée, et sans une once de sens commun. »
Dans Le Monde du 28 avril 2023, il explique notamment que « ChatGPT est un bon produit dont les capacités peuvent paraître surprenantes, mais il n’est pas révolutionnaire parce que les technologies qu’il utilise sont connues depuis plusieurs années. (…) Ces capacités donnent l’impression que le système est intelligent, mais en fait elles restent superficielles. ChatGPT n’est pas intelligent comme peut l’être un humain. C’est un outil de prédiction, qui associe entre eux des mots apparaissant de façon la plus probable dans le corpus qui a servi à l’entraîner, afin de continuer un texte. »
Oui des perturbations majeurs sont à l’œuvre mais il se montre prudent considérant qu’il faut un temps long et nécessaire d’apprentissage pour permettre à une technologie de cette nature d’impacter toute une société. Et côté recherche, il déplore le système universitaire français bien trop lent et lourd pour s’adapter à de telles évolutions et qui fait que les chercheurs et chercheuses partent aux USA, au Canada ou en Suisse.
Sinon côté Facebook, certes il y a des ratés inévitables mais en résumé, c’est vertueux, tout va bien.

Le désaccord profond naît quand on sort du cadre de la recherche et de ses applications industrielles.
(…) « Le cerveau est une machine bio-chimique (…), nous sommes nombreux à penser que les mécanismes de la pensée seront reproductibles » avec comme argument les grandes blessures narcissiques de l’humanité, quand l’être humain qui se croit au centre de tout déchante avec Copernic, Darwin et Freud. L’IA serait la quatrième étape de ce genre.
Sauf qu’il confond cela avec la fonction intrinsèque d’un outil qui est faire ce que nous ne pouvons pas faire. La simulation du vivant n’est pas le vivant.
« Je ne doute que les machines intelligentes autonomes aient un jour des émotions. (…) Assurément, un jour viendra où la machine atteindra un tel niveau de sophistication que sa conscience va éclore. Pourquoi en serait-il autrement ? »
C’est tout le pouvoir narratif du techno-solutionnisme de redéfinir un sujet sans le traiter.
« L’IA va sauver le monde » d’après la société d’investissement andreessen horowitz ce 19 décembre 2023. Un peu d’art, de sciences humaines et de sciences du vivant ne serait pas superflu dans les départements de recherche en IA.

Liens :
Marion Balac
https://www.esam-c2.fr/2020-2021-Marion-Balac
Entretien du 19 avril 2023 dans Usbek et Rica
https://usbeketrica.com/fr/article/d-ici-cinq-ans-plus-personne-n-utilisera-un-modele-tel-que-chatgpt

Odile Jacob, 2019 (Poches, 2023)

Turing

Elsa Boyer

L’essai s’ouvre sur un dessin réalisé en 1923 par la mère d’Alan Turing intitulé « Le jeune Turing regardant pousser les fleurs pendant un match de hockey » sur gazon auquel il est supposé participer. Tout est dit sur la place qu’il occupera dans le monde au sein de la confrérie humaine, en marge voyant ce que les autres ne voient pas.
À travers la figure de Turing, Elsa Boyer affirme à juste titre que « derrière leurs écrans et interfaces graphiques, nos technologies numériques sont genrées et politiques » (…) « Le nombre croissant de corps intersectionnels qui transcendent la violence bureaucratique d’une case à cocher reste une des raison pour lesquelles Internet est toujours aussi important » (Legacy Russell, 2020) dans sa version la plus utopique au regard du profilage auquel nous nous soumettons volontairement.
On le dit depuis longtemps mais on le répète, la technologie n’est pas neutre. Celui ou celle qui prétend le contraire a quelque chose à vous vendre ou à vous imposer.
Face à cela, « Turing élabore une construction subjective qui exploite les interstices des normes et l’assujettissement. » Nous sommes d’accord mais si la discrimination est constitutive du numérique (recherche, industrie), ce n’est pas une propriété du numérique mais une propriété sociale qui s’exprime dans le numérique. On retrouvera cette même équation dans les sciences et les arts (pour ce qui nous concerne immédiatement) d’où une réserve quant l’argument « Turing » d’en faire une lecture posthume genrée.
Turing, la figure historique avec Ada Lovelace, est passionnant et si actuel quand il dit « si on attend d’une machine qu’elle soit infaillible, elle ne peut pas en même temps être intelligente. » Il en appelle néanmoins à l’humilité, renvoyant en cela aux trois grandes blessures narcissiques humaines qu’ont incarné successivement Copernic, Darwin et Freud. Nous vivons peut-être la quatrième : « la capture de l’intelligence par sa propre simulation » (Catherine Malobou, Les métamorphoses de l’intelligence, 2017).
Pour en savoir plus, Elsa Boyer était l’invitée du Meilleur des mondes sur France Culture le 3 novembre 2023 :
Intelligence et genre : comment repenser l’IA avec Alan Turing
https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-meilleur-des-mondes/intelligence-et-genre-comment-repenser-l-ia-avec-alan-turing-5873896

Elsa Boyer est écrivaine, théoricienne et traductrice. Elle enseigne la théorie des médias, les humanités numériques et les questions d’écriture expérimentale à l’école des arts décoratifs de Paris.

Les Pérégrines, 2023

NO CRYPTO | Comment Bitcoin a envouté la planète

Nastasia Hadjadji

Éditions Divergences / 2023

Le seul défaut de cette courte enquête (166 pages bien denses) en est le sous-titre sensationnaliste qui ne rend pas justice au travail de son autrice (journaliste indépendante, elle s’intéresse à l’économie et au numérique, avec un regard technocritique issu des sciences sociales).
« No Crypto est un essai critique qui retrace l’histoire intellectuelle et les conditions politiques d’émergence de l’industrie des crypto-actifs, depuis son explosion au mitan des années 2010 à sa crise actuelle. L’essai revient sur la dimension prédatrice d’une industrie qui représente aujourd’hui une aberration écologique autant qu’une menace sociale et politique. »
Elle passe en revue la naissance des crypto-actifs, les arnaques et les faillites, son désastre environnemental (Bitcoin consomme autant d’électricité par an que les Pays-Bas), sa prédation colonialiste post-moderne et son idéologie anti-démocratique.
Véritable pyramide de Ponzi ne reposant sur aucune valeur de production, l’idéal d’origine s’est transformé en forme ultime de l’ultra-capitalisme spéculateur.
Une enquête documentée qui éclaire d’un nouveau jour le discours de la disruption digitale.
« À rebours de l’idée fallacieuse selon laquelle les technologies seraient neutres, ce livre défend l’idée que Bitcoin et les cryptos ne sont qu’un prétexte pour parler de pouvoir et d’idéologie. Car les cryptos sont des objets politiques avant d’être des objets techniques. » (…) « Bitcoin et les cryptos sont nés de la matrice intellectuelle du cyberlibertariannisme et de l’anarcho-capitalisme. Hybridations de la pensée cybernétique issue de la contre-culture américaine et du libertarisme politique, ces courants se nourrissent d’une tradition économique arrimée à la droite de la droite. »
À écouter le podcast The Missing Crypto-Queen de BBC 5 (disponible sur les plateformes) sur une des grandes arnaques du secteur :
https://www.bbc.co.uk/programmes/p07nkd84/episodes/downloads

Éditions Divergences

Résistance 2050

Aurélie Jean | Amanda Sthers

Éditions de l'Observatoire / 2023

Amanda Sthers (Amanda Queffélec-Maruani) réalisatrice et autrice s’associe à Aurélie Jean, scientifique et entrepreneuse du numérique, essayiste qui lui vaut d’être régulièrement invitée sur le sujet à Radio France pour écrire Résistance 2050 dont la 4ème de couverture dit qu’elles « se projettent dans un roman dystopique où les craintes qui naissent aujourd’hui sont incarnées et poussées à leur apogée. Un rythme frénétique et des personnages jubilatoires. »
Rien que ça.
Malheureusement, c’est très mauvais, qu’il s’agisse du style (aucun), de la narration qui se contente d’énumérer des situations sans qu’aucun personnage ne soit développé et du sujet qui ne fait que recycler tous les poncifs de l’anticipation.

Éditions de l’Observatoire

Créativités artificielles

La littérature et l’art à l’heure de l’intelligence artificielle

sous la direction d’Alexandre Gefen (les presses du réel, 2023)

Le livre examine les différentes manières dont l’IA est représentée dans la littérature et l’art, les différentes manières dont elle est utilisée pour créer des œuvres d’art et de littérature et aborde les questions éthiques et philosophiques soulevées par l’émergence de la créativité artificielle.
Les contributions offrent un panorama des enjeux de la créativité artificielle et une réflexion stimulante sur les implications de l’IA pour la création artistique. Le livre est rigoureux et solidement référencé.

Nous sommes au cœur de débats actuels où il est question de perception de l’intelligence et non de l’intelligence elle-même comme le souligne Claire Chatelet. Les émotions sont à la source de la conscience et de la notion de soi et ces représentations interrogent notre propre condition.
Nous en arrivons à cette question fondamentale de ce qui nous distingue et à la probable quatrième grande blessure narcissique après Copernic, Darwin et Freud. Nous ne sommes pas « au centre » mais cette question n’est pas nouvelle. En revanche, la réponse future le sera peut-être.

Publié suite au colloque international organisé par l’Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle en 2021.
avec des contributions de Philippe Bootz et Hermes Salceda, Valérie Beaudouin, Barnabé Sauvage, Nevena Ivanova, François Levin, Nikoleta Kerinska, Anaïs Guilet, Ada Ackerman, Bruno Dupont et Carole Guesse, Pierre Depaz, Pascal Mougin, Claire Chatelet, Ilan Manouach.

Claire Chatelet, enseignante-chercheuse à l’unversité Paul Valéry de Montpellier dirigera le colloque du Laboratoire Modulaire à Caen intitulé « Pour d’autres espèces d’espaces : penser, imaginer, pratiquer l’espace en arts numériques » qui se tiendra du 15 au 17 mai 2024 dans le cadre du festival ]interstice[.

Les presses du réel

La Tech. Quand la Silicon Valley refait le monde

Olivier Alexandre | Le Seuil (2023)

Olivier Alexandre
La Tech. Quand la Silicon Valley refait le monde

Désormais les publications consacrées au numérique, ses industries, ses effets, ses innovations sont légion, Oblique/s les chronique autant que possible, et si l’on se réfère régulièrement à Fred Turner et son ouvrage fondateur Aux sources de l’utopie numérique, il faudra désormais aussi compter sur cet essai d’Olivier Alexandre.
Sociologue, Olivier Alexandre a mené de nombreux entretiens et enquêté sur tous les aspects de la Silicon Valley, et adopté un point de vue nouveau et impartial. Quel en est le fonctionnement interne, quelles sont les règles explicites et implicites, comment y fait-on carrière, comment s’y sociabiliser, comment s’y habiller, comment se financer, quelle en est la culture, comment fonctionne Burning Man, la grande messe du milieu… et comment localement les habitant.e.s de la Baie de San Francisco font face aux effets dévastateurs de la Tech…
Un essai vivement recommandé.

Olivier Alexandre sera invité par Ambivalences à Nantes dans le cadre du festival Scopitone le 14 septembre 2023.

Olivier Alexandre est sociologue, chargé de recherche au CNRS, membre du Centre Internet et Société, enseignant à Sciences Po Paris, ancien visiting scholar à l’université de Northwestern et de Stanford. Ses travaux portent sur la culture et le numérique.
https://www.seuil.com/ouvrage/la-tech-olivier-alexandre/9782021520187

À écouter Le code a changé du 11 avril 2023
Silicon Valley, « l’art de la guerre avec le sourire »
https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-code-a-change/le-code-a-change-5377655

Le Seuil

Parole de machines

Alexei Grinbaum

Cette lecture dédiée à l’intelligence artificielle (IA) constitue une suite au travail réalisé en 2020 avec le Laboratoire Modulaire-ésam Caen/Cherbourg et l’artiste Marion Balac à qui nous avons consacré une revue dans laquelle vous trouverez deux entretiens très clairs sur ce que sont les modèles de langage et comment ils sont utilisés :
https://www.esam-c2.fr/IMG/pdf/publi_marion_balac_2022.pdf
Cette lecture est aussi une étape vers une exploration plus profonde de la façon dont la question est abordée dans les médias.

Alexei Grinbaum dans ce court essai pose un certain nombre de points essentiels à comprendre et à intégrer concernant l’IA qui fait l’objet de tant d’interprétations approximatives voire quand ce n’est pas totalement stupide. Et comme par ailleurs, il connaît de l’intérieur la machine, il n’en est que plus pertinent.
Pour signifier que la question n’est pas nouvelle, il se réfère aux mythes, aux croyances ou aux textes sacrés. Ce n’est pas un livre technique, c’est un ouvrage à vocation philosophique et culturelle. Celles et ceux qui connaissent le sujet n’y apprendront « rien » mais y trouveront peut-être des arguments pour rendre clair ce qui ne l’est pas encore et pour tous les autres, ce sera une entrée en matière passionnante.

D’ici là, plusieurs points sont au cœur du livre :
• la technologie n’est pas neutre, elle agit toujours sur nous
« Aucune neutralité n’est possible. C’est pourquoi la génération automatique du langage, discipline jusque-là largement académique, implique une prise de position éthique et même politique. »

• on entend par « intelligence » un traitement logique de l’information dans un système complexe
« Les modèles de langue de grande taille élaborent des outputs très satisfaisants et parfaitement ressemblants à des réponses humaines, sans intégrer la dimension de sens. »

• une machine ne pense pas, ne raisonne pas, ne comprend pas, n’hallucine pas
« Les agents conversationnels génèrent des répliques vraisemblables et bien construites, mais le sens de ces énoncés existe uniquement du point de vue de l’interlocuteur humain. La sémantique ne fait pas partie du monde des machines, qui ne comprennent rien, ne raisonnent pas et ne savent pas distinguer le vrai du faux. »

• une machine est conçue pour faire ce qu’elle fait
« (…) la machine fait ce pour quoi elle a été conçue »

• une machine ne commet pas d’erreur, elle fonctionne ou pas
« La machine tourne parce qu’elle ne peut que tourner ou tomber en panne… »

• une machine n’est pas responsable
« Que la machine sache fabriquer un langage beau et cohérent, cela ne suffit pas pour la constituer en agent responsable. »

Le premier problème qui est posé est celui de notre tendance à projeter du sens là où il n’y en a pas et à anthropomorphiser la machine. En découle un deuxième problème qui celui des effets induits pour cette nouvelle croyance d’une vie machinique.

« Il existe bien une différence entre ce qu’une machine dit et ce qu’elle « comprend » ; d’ailleurs, elle ne comprends rien. Mais lorsqu’un modèle de langage crée chez l’utilisateur une illusion qui persévère et se renforce avec le temps, celui-ci acceptera in fine que la machine « connaît ». Ce qui, au début, n’est qu’un raccourci soumis à toutes les critiques finira par s’imposer en tant que nouvel usage normal du verbe « connaître ». »
(…)
« Malgré l’absence de l’équivalence physiologique et cognitive entre l’homme et la machine, une équivalence émotionnelle peut advenir purement par projection, de manière plus phénoménale qu’ontologique. Aucun ancrage substantialiste n’est nécessaire pour établir une relation ; celle-ci surgit spontanément de l’épais nuage qui sépare la machine de l’utilisateur et véhicule une éthique. Cette équivalence légère et apparente ouvrirait alors la porte à l’équivalence morale entre l’homme et la machine, avec des effets empiriques épouvantables. »
(…)
« Si l’interaction va croissant, la machine commence à modifier l’homme (…) Le monde visuel de la machine finira-t-il par ressembler au nôtre, parce que le nôtre évoluera pour inclure celui de la machine ? Le langage que nous utilisons évoluera-t)il sous l’influence des usages qu’en fait la machine ? Tout cela est possible. »

D’où l’impératif éthique des sciences humaines, de l’art et de la culture face à un ensemble de paramètres scientifiques, industriels, économiques, politiques, idéologiques et mystiques.

Ici une chronique d’Etienne klein sur l’ouvrage :
https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-pourquoi-du-comment-science/comment-le-numerique-nous-change-t-il-2687636

Alexei Grinbaum est directeur de recherche au CEA-Saclay. Il est spécialiste de la théorie de l’information quantique. Depuis 2003, il s’intéresse aux questions éthiques posées par les technologies (nanotechnologies, intelligence artificielle et robotique). Membre du Comité national pilote d’éthique du numérique, il est aussi expert de la Commission européenne et président du Comité opérationnel d’éthique du numérique du CEA.

Éditions humenSciences, Paris, 2023

The Startup Wife

Tahmima Anam

Canongate / 2021

The Startup Wife, c’est l’histoire amoureuse et industrieuse d’Asha et Cyrus. Avec un ami, ils se lancent dans la grande aventure entrepreneuriale digitale et on les suivra dans toutes les étapes de leur réussite. Asha a pensé et conçu un nouveau réseau social et Cyrus en est le représentant, penseur et gourou.
Savoureuse satire de la tech et de la place des femmes dans le numérique, c’est le portrait d’Asha (la narratrice) qui fonde ce roman. Toujours derrière son mari qui va prendre toute la lumière, elle va petit à petit se remettre en question et donc repenser ce qu’elle est et veut être, sa vie amoureuse et la conduite de cette entreprise qui lui échappe.
La dernière phrase sera pleine d’optimisme.

Les trois premiers romans de Tahmima Anam sont publiés en français.
https://www.thestartupwife.com/

Canongate

Exploser le plafond - précis de féminisme à l’usage du monde de la culture

Reine Prat

2021

Reine Prat, haute fonctionnaire française, a été l’autrice de deux rapports ministériels marquants en 2006 et 2009 sur les inégalités entre femmes et hommes dans dans le secteur du spectacle vivant en France.
Dans cet essai qui commence ainsi : « Tout a été dit. » (…) « Or ça ne passe plus ! », elle porte une réflexion unique sur le sujet, puisqu’elle décrypte des mécanismes qu’elle a observés de l’intérieur et donne à entendre la pluralité des voix de celles et ceux qui font la culture et les arts aujourd’hui. Elle conclut : « Reste à savoir si les changements nécessaires seront le fruit de la mise en commun de préoccupations qui finiront par se rejoindre ou s’ils devront être obtenus par des luttes qui pourraient se radicaliser. »

Pour aller plus loin, vous trouverez ici un entretien publié il y a un an le 10 mars 2022 :
https://www.artcena.fr/artcena-replay/rencontre-avec-reine-prat-exploser-le-plafond-de-verre-precis-de-feminisme-lusage-du-monde-de-la

Rue de l’échiquier

Décoder | Une contre-histoire du numérique

Charleyne Biondi

Bouquins Éditions, Paris, 2022

« En montrant comment les nouvelles technologies ont progressivement façonné nos imaginaires, Charleyne Biondi développe une analyse de l’avénement du tout-numérique et de ses conséquences sociétales. »

Qu’est-ce qui change quand tout change ? est le postulat de départ de cet essai.
Comment comprendre l’impact de l’avénement du tout-numérique ?
Deux erreurs sont communément commises :
Croire que la technologie n’a pas d’effet en soi c’est-à-dire croire qu’elle est neutre et que tout ne dépendrait que de nos usages.
Croire qu’il suffit de réguler pour en maitriser les effets alors que les mouvements de fond induits par ces technologies touchent l’ensemble du corps social, y compris les instances politiques et réglementaires.
Le constat est que les représentations politiques sont bouleversés par cet « avénement du tout-numérique » et en inadéquation avec nos représentations du monde. d’où un sentiment de perte de sens et de repères.
Il faut pouvoir sortir d’une vision manichéenne qui opposerait régimes politiques démocratiques (dans les régimes totalitaires, le système est intégré) et les puissances économiques de la Big Tech.

Charleyne Biondi suggère une voie « techno-poétique ».
La poésie est un dernier recours, « ce qui reste, ce qui sauve » et « c’est dans le chaos que la poièsis (action de faire) surgit, et qu’elle fait advenir ce qui n’était pas. (…) Il faut être capable de penser l’avenir de la politique non pas contre la technologie, mais avec elle » pour que des potentialités inscrites dans cette situation débouchent sur une création nouvelle ou dit autrement :
« la transformation profonde de la psyché individuelle et collective, l’avénement progressif d’une nouvelle façon d’être au monde, l’émergence, en d’autres termes, d’un nouvel imaginaire. »

La représentation actuelle de l’économie de la « tech » est l’inévitabilisme, la promesse et le solutionnisme. Ces trois assertions sont fausses. Du pur « storytelling ».
Il faut se réapproprier ce langage et sortir de l’événementialisation de l’innovation « qui maintient le public dans une position de passivité et de surprise » du fait de son absence de causalité.
Tout n’est pas nouveau, tout n’est pas de l’innovation de rupture à impact !
Cela magnifie un soit-disant génie entrepreneurial qui est une fiction comme cela a largement été démontré. Oui, il y a des phases, certaines soudaines, et des évolutions mais il n’y a d’événements que marketing, et qui parfois tournent à la catastrophe. La réalité est que tout est fruit de la recherche et que cette recherche a toujours une histoire qui s’inscrit dans un champ politique.

Il faut donc pouvoir « se représenter une nouvelle façon d’être au monde. » Or « on ne peut ni comprendre ni penser ce qu’on ne peut imaginer. » En cela, le numérique, faussement virtuel, indolore et intelligent, échappe à nos représentations techniques. Le numérique n’est pas rationnel mais computationnel. Une donnée n’a pas de sens. C’est un signal qui associé à d’autres signaux produisent de la prédictibilité c’est-à-dire de la probabilité comportementale. Du « sujet humain », nous glissons vers le « sujet de données ».

Finalement la puissance des Big Tech, la menace qui pèse sur la souveraineté politique, l’innovation, la manipulation ne disent rien qui serait spécifique à la transformation numérique.
La transformation numérique en cours redéfinit notre perception du monde de façon inexorable et insaisissable.
Alors, « à quoi pourrait ressembler une démocratie numérique ? »

Charleyne Biondi est docteure en science politique, diplômée de l’université de Columbia et de Sciences Po.

Le meilleur des mondes, 09/12/22
https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-meilleur-des-mondes/grand-entretien-avec-charleyne-biondi-une-contre-histoire-du-numerique-5596107

Soft Power, 30/10/22
https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/soft-power/metavers-lutte-contre-la-desinformation-et-nouveaux-imaginaires-l-actualite-numerique-de-soft-power-5323812

Présentation par Charleyne Biondi

PUBLICATION REVUE "MARION"

Marion Balac & Le Laboratoire Modulaire

La publication Marion issue de la résidence de recherche de Marion Balac au sein du Laboratoire Modulaire en 2020-2021 est téléchargeable en ligne.

https://www.esam-c2.fr/IMG/pdf/publ...

La pensée selon la tech | Le paysage intellectuel de la Silicon Valley

Adrian Daub

C&F éditions / 2022

« Voici un livre sur l’histoire des idées d’un monde qui aime faire croire que ses idées n’ont pas d’histoire (…) et sont présentées comme inévitables. »
Professeur de littérature comparée à Stanford, Adrian Daub déconstruit la narration marketing de la Silicon Valley, ses figures, ses principes et ses « entreprises qui finissent par reconfigurer vos idéaux pour justifier leur modèle économique. »
L’enjeu est de se pourvoir en outils analytiques pour répondre à la puissance de l’amnésie et d’une soit-disante loi naturelle.
Daub met en avant plusieurs figures historiques incontournables des années 60 (Marshall McLuhan, Richard Buckminster Fuller, Ayn Rand, Stewart Brand) qui ont fait converger contre-culture et business plan en réponse aux pouvoirs de l’État, remis partout en question à l’époque. L’informatique avait alors tous les atouts d’un outil de liberté.
McLuhan écrivait déjà : « tout le monde doit vivre dans la proximité maximale créée par notre implication électrique dans la vie d’autrui. »
Ayn Rand, autrice et philosophe, prônait l’individualisme héroïque avec comme figure centrale l’entrepreneur visionnaire, quasi-messie. C’est particulièrement vrai dans La Grève, œuvre essentielle pour comprendre ce qui peut passer par la tête de Zuckerberg, Thiel ou Musk.
Plus étonnant, on trouve comme influence le français René Girard mais dont la pensée chrétienne a bon dos pour justifier la mainmise de quelques uns sur tous.
Daub s’attaque à quelques concepts idiots comme la disruption qui prétend au radicalisme socio-économique en réduisant la pensée de Schumpeter dans Capitalisme, socialisme et démocratie en 1942 à une formule : la destruction créatrice qui justifierait tout alors qu’elle est la fin d’un système.
« La Silicon Valley traduit des concepts informatiques en théories psychologiques et platitudes du développement personnel » écrit Daub.

En conclusion : « Est-il possible que cette histoire ne se résume pas à une bande de geeks ne comprenant rien à la philosophie ? »

Autres livres que je conseille : Aux sources de l’utopie numérique de Fred Turner et Du satori à la Silicon Valley de Theodore Roszak

(Trad. Annie Lemoine)

https://www.adriandaub.com

C&F éditions

Du satori à la Silicon Valley

Theodore Roszak

Editions Libre / 2022 (1986)

Theodore Roszak dès 1986 voit en quoi la révolution informatique personnelle a émergé de la contre-culture de San Francisco au début des années 1970 où l’on trouve les entrepreneurs de l’après. Comme Adrian Daub dans La pensée selon la tech (C&F, 2022), il fait le lien entre l’informatique qui avait tous les atouts d’un outil de liberté et la contre-culture et l’on croise Stewart Brand et son Whole Earth Catalog qui juxtapose agriculture et cybernétique, dont Richard Buckminster Fuller qui fit la une du Time en 1964 est à l’origine ainsi que Marshall McLuhan, Ayn Rand, Ken Kesey et ses Merry Prankster…
On retrouve aussi dans le registre de l’auto-justification et de la pensée auto-réalisatrice cette idée que « le processus industriel, amené à se développer jusqu’au bout, génèrerait son propre (et son meilleur) antidote. (…) L’artificiel poussé à son paroxysme aboutirait en quelque sorte au naturel. »
Les années 60, déjà immersives, offrent un terrain d’expérimentation incroyable, allant de dispositifs sonores et visuels pour happening à la Mother of Demos de Douglas Engelbart en 1968, première démonstration de communication publique digitale à distance avec interface grand public et découverte de la souris. Pour eux, les données numériques, c’était la terre promise postindustrielle, vision « aussi naïve qu’idéaliste. » Sauf que nous savons ce qu’il en est, le rêve synthétique s’est effondré pour laisser place à ce que Lewis Mumford appelait le « culte de l’anti-vie ».

Autres livres que je conseille : Aux sources de l’utopie numérique de Fred Turner, La pensée selon la tech d’Adrian Daub et Naissance d’une contre-culture - Réflexions sur la société technocratique et l’opposition de la jeunesse de Theodore Roszak

Voir aussi la page que j’ai créée en 2015 : https://master2dpaci.wordpress.com
L.B.

Editions Libre

Utopie Radicale

Alice Carabédian

Seuil / 2022

« Face à la catastrophe, oserons-nous rêver d’autres mondes » quand la dystopie semble être notre quotidien, de 1984 à Soleil vert en passant par Black Mirror ? C’est ainsi que se présente cet essai inspirant qui convoque utopie politique et science-fiction.

Docteure en philosophie, Alice Carabédian propose un postulat simple et percutant : écrire les utopies futures plus « vigoureuses que des ogives à laser » pour qu’elles inspirent et infusent.
L’utopie n’est pas définie comme une fin à réaliser mais comme une fiction destinée à ouvrir les imaginaires et comme une « impulsion à l’altérité ». La dystopie n’est pas une utopie manquée mais le progrès réalisé.
L’utopie est un non-lieu, c’est un voyage pour l’émancipation et non la satisfaction individuelle. Soit l’inverse absolu de notre quotidien socio-techno. Elle n’est pas le résultat d’une innovation disruptive à impact de la nation start-up (l’expression existe !).
Elle s’y oppose.
Or aujourd’hui, l’utopie « réalisée » ressemble à une cabane à défendre, petite marge médiatique concédée mais insuffisante.
L’utopie est politique.
Elle est du côté de la rencontre et de la fiction.
Elle n’est pas subordonnée au réel.
Elle procède par voie oblique. Elle travaille son ambivalence.
Ça tombe bien.

Autres livres que je conseille : Cyberpunk’s Not Dead et Hors des décombres du monde de Yannick Rumpala + Dans les imaginaires du futur d’Ariel Kyrou

À écouter : C’est plus que de la SF, 16/05/22
https://www.cestplusquedelasf.com/podcasts/utopie-radicale

Seuil

Habiter la Terre

Bruno Latour | Entretien avec Nicolas Truong

Arte éditions, LLL, 2022

Bruno Latour (1947-2022), philosophe, sociologue et anthropologue des sciences, disparu en octobre, a donné plusieurs entretiens à Nicolas Truong pour éclairer sa pensée foisonnante avant de quitter ce monde.
Pour lui, la philosophie, c’est penser modestement les modes d’existence et les régimes de vérité du monde. À commencer par penser un monde qui n’est plus le même. Nous n’avons jamais été modernes, écrivait-il, car nous ne pouvons plus penser la séparation entre nature et culture, entre objets et sujets. Ce qui est important, c’est l’interconnexion pour répondre à cette question : comment se fait-il qu’une civilisation entière, confrontée à une menace qu’elle connaît parfaitement, ne réagit pas ?

Latour comme Deleuze avant lui a une influence réelle dans le domaine de la création artistique. Vous ne pouvez pas absorber toutes ces questions écologiques sans les arts, qui métabolisent les affects. Il faut trouver des associations entre différentes méthodes car nous traversons une forme d’écrasement général des médiations qui rend mensongers tous les modes dont nous avons besoin pour vivre.

Mais dit-il, comme c’est étrange finalement. D’un côté on a l’impression que tout est joué, tout est perdu, tout est fini. D’un autre que rien n’a vraiment commencé.

Les entretiens en vidéo :
https://www.arte.tv/fr/videos/RC-022018/entretien-avec-bruno-latour/

LLL

Snow Crash (Le samouraï virtuel)

Neal Stephenson

Le Livre de poche, 1992

Passons sur la traduction sensationnaliste et réductrice du titre (qui date de 1996 donc plus vraiment à jour en SF) pour considérer la date de sortie - 1992 - qui fait du roman un "classique" du genre cyberpunk après le Neuromancer de William Gibson en 1984.
À l’origine, le projet est conçu pour être un roman graphique en ligne. Stephenson y invente le terme "Métavers" d’où son actualité et popularise celui d’"avatar" issu du jeu Habitat en 1985.
Pourquoi ces précisions ? Pour dire une fois de plus que ce que le marketing présente comme nouveau ne l’est pas.
Ici le Métavers est "une structure imaginaire faite de langage codé dont le discours est doté d’une force magique." On y trouve des concerts quotidiens qui rassemblent des millions de personnes et des spectacles interactifs en 3D qui ne sont "au bout du compte que des jeux vidéo".
Parmi d’autres considérations actuelles, on dirait un roman post-covid avec déjà le GPS, Deliveroo ou Uber Eats, casque de VR, catastrophe climatique, cloud, collecte massive d’infos et surveillance permanente et généralisée.
Pour faire court, cette aventure drôle et farfelue réunit le hacker samouraï Hiro et la livreuse-skateuse Y.T en lutte pour sauver le monde d’un virus neurologique qui agit autant IRL que dans le Métavers. On y croise deux grands méchants (Rife, Raven), des demi-méchants (Tonton Enzo, Mr Lee) et Fido le chien-robot… Ça va dans tous les sens et très vite, pas simple de tout visualiser, l’intrigue est parfois absconse (théorie sur le langage sumérien, Babel, la Kabbale) mais c’est pas grave, c’est le genre qui veut ça.
L’essentiel en dehors du roman, est d’en voir la portée et comment cela nourrit l’imaginaire de la Silicon Valley.
D’où, comme l’écrit Alice Carabédian dans Utopie radicale, la nécessité de produire de nouveaux récits, puisque manifestement, ceux des années 80 et 90 ont fâcheusement tendance à se réaliser.

Ni web ni master

David Snug

Nada, 2022

Ou "l’extension du nom de domaine de la lutte"…
David Snug 2022 rencontre David Snug 1989 qui vient de se faire embarquer à la fourrière sa voiture à voyager dans le temps. Il est bien dans la merde. Dans un monde où tout le monde a soit le nez dans son smartphone soit fait du yoga, Snug l’ancien entreprend d’expliquer le monde merveilleux du numérique au Snug le jeune. Il en conclut que tout le monde se fout de la révolution et que c’était mieux avant.
Snug passe en revue Google, Facebook, Amazon, Tripadviser, Airbnb, Tinder, Deliveroo et consorts et fait un portrait ironique de nos comportements, qui apparaissent cruellement absurdes.

Nada éditions

Les oubliées du numérique

Isabelle Collet

Le Passeur, 2019

« Un livre essentiel pour comprendre pourquoi le numérique est massivement dominé par les hommes et quelles sont les solutions à mettre en place pour l’inclusion des femmes dans ce secteur, un enjeu crucial aujourd’hui. »

Le sujet est le système de genre à l’œuvre dans la Tech. Les femmes y ont été présentes (20%) jusque dans les années 80 avant de voir ce chiffre tomber à 10%. Et à y regarder de plus près, les femmes sont peu représentées dans le secteur technique mais surreprésentées dans les fonctions support (RH, com, marketing, administration). Isabelle Collet propose un texte d’autodéfense intellectuelle (voir cortecs.org) pour démonter les stéréotypes (le postulat femme/nature vs homme/culture) et les croyances (pas d’auto-censure mais une censure sociale).
L’ensemble est une affaire de représentation(s) et d’une mystique de la cybernétique qui se « désintéresse des corps au profit des comportements », qui rêve « d’auto-engendrement », qui se convainc que toute l’information est modélisable et régulée et qu’enfin, la technologie peut tout résoudre. Elle cite David Le Breton (anthropologue et sociologue) qui écrit : « La cyberculture, en simulant le réel selon la volonté, en alimentant un fantasme de toute-puissance chez son usager, est une tentation parfois redoutable face à l’infinie complexité et à l’ambivalence du monde. Le réel est hors de toute maîtrise, inépuisable, il résiste aux essais de le soumettre, de le rendre hospitalier à un dessein personnel. Il implique un débat permanent avec soi et avec les autres. »
Isabelle Collet soulève quelques impostures, met en avant des femmes qui ont subi une invisibilisation systémique (Emmy Noether, Rosalind Franklin, Marthe Gautier) et met à jour les mécanismes économiques qui en découlent.
Elle propose également quelques « bonnes pratiques » car « mener une politique incitative et penser l’inclusion ne s’improvise pas, c’est un métier (…) Des présupposés théoriques différents généreront des mesures différentes » et une fausse bonne solution pourra s’avérer totalement contre-productive.
Par ailleurs, la question du langage a son importance et elle préfère parler d’action affirmative que de discrimination positive car c’est par définition un traitement inégalitaire. Elle démonte aussi le « pink washing » à l’exemple de Barbie® informaticienne tout en rose qui en fait joue la designeuse tout en répandant un virus par incompétence et ce sont Steven et Brian qui régleront le problème !!!
D’où l’importance de la représentation, de ses possibles effets indésirables (mettre en avant une figure exceptionnelle et géniale mais inaccessible) et des formes pédagogiques à mettre en œuvre qui ne font que croître depuis 20 ans : « le partage du pouvoir numérique s’amorce » pour conclure sur une note positive cet excellent essai.

Isabelle Collet est professeure associée en sciences de l’éducation à l’université de Genève, spécialiste de l’inclusion des femmes dans le numérique. Elle a fondé l’Association de recherche sur le genre en éducation (ARGEF), est membre du Conseil d’administration de la Fondation femme@numérique.
isabelle-collet.net
femmes-numerique.fr
argef.org
David Le Breton à écouter ici : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-meilleur-des-mondes/univers-immersifs-demain-tous-avatars-9623758

Le Passeur

Un nouvel âge de ténèbres

James Bridle

Éditions Allia / 2022

Un nouvel âge de ténèbres
La technologie et la fin du futur
James Bridle
Paris, éditions Allia, 2022 (New Dark Age, Verso, Londres, 2018 - trad. B.Saltel)

James Bridle, artiste et écrivain, publie en anglais Ways of Being et en français Un nouvel âge de ténèbres en référence à H.P. Lovecraft (L’appel de Cthulhu, 1926) : « Un jour viendra où la synthèse de ces connaissances nous ouvrira des perspectives terrifiantes sur la réalité et la place effroyable que nous y occupons : alors cette révélation nous rendra fous, à moins que nous ne fuyions cette clarté funeste pour nous réfugier dans la paix et la sécurité d’un nouvel âge de ténèbres. »

Bridle propose une histoire de l’automatisation et de la connaissance computationnelle, depuis la découverte de l’Amérique jusqu’aux microprocesseurs qui raconte comment le pouvoir se concentre dans de moins en moins de mains et la compréhension dans de moins en moins de têtes.

Découpé en thèmes (computation, climat, calcul, compléxité, cognition, complicité, conspiration, simultanéité, nuage), Bridle fait autant appel à la pop culture qu’à la philosophie de Morton (dont on parlera le mois prochain) pour traiter de la pensée computationnelle et de l’illusion qui la sous-tend.
« Tous les processus stables, nous les prévoirons. Tous les processus instables, nous les contrôlerons. » V.K.Zworykin, chercheur en météorologie en 1945.
Il faut insister sur le fait que le numérique a toujours une Histoire même si on prétend le contraire.
Le monde est remplacé par des modèles. Ce qui est possible devient ce qui est calculable. Or plus nous nous entêtons à calculer le monde, plus ils nous apparaît complexe au-delà du concevable (effet Richardson). Il produit ses propres absurdités comme la mort par selfie ou celle par GPS pour un suivi irréfléchi d’instructions données par un assistant de navigation GPS (Global Positioning System). Le complot en est une autre expression. « La conspiration est la cartographie cognitive du pauvre de l’ère postmoderne. C’est la figure dégradée de la logique totale du capital tardif », une tentative désespérée de représenter, comprendre et contrôler le système.
Le calcul informatisé est un piratage cognitif qui décharge dans la machine notre processus décisionnel et notre responsabilité.
Il suffit de ‘sen remettre à la vérité émergente du calcul. C’est un sophisme qui repose sur la croyance réductionniste qui pense comprendre et contrôler sur la base d’une analyse d’éléments séparés du tout.
Résultat, tout est éclairé mais on ne voit rien.
Le recours à la logique computationnelle de la surveillance pour obtenir une vérité sur le monde nous place dans une position précaire. La connaissance ne peut produire sa vérité qu’à partir des données dont elle dispose. Donc toute connaissance est réduite au calcul. Cette logique nie notre capacité à penser en l’absence de certitude. Pour agir, il faut des preuves (a posteriori) quand il faudrait agir dans le présent.
Un des meilleurs livres sur le sujet numérique depuis L’âge du capitalisme de surveillance de Shoshana Zuboff en 2020.

http://jamesbridle.com/

Éditions Allia

Les liens artificiels

Nathan Devers

Albin Michel, Paris | 2022

Nathan Devers, jeune auteur, ne démérite pas mais pas au point de figurer à la fois dans toutes les listes de concours et dans pas mal de médias.
Cela dit, il a bien joué son coup étant donné qu’il y parle de réseaux et de métavers. Comme ces mêmes médias sont des tanches en la matière, c’est du pain bénit.
De quoi ça parle ?
D’un type genre Zuckerberg à la française qui crée un monde virtuel ultra réaliste, soit un jumeau numérique de la réalité, (l’Antimonde) et d’un autre, looser à la Houellebecque (encore et toujours lui) qui vit misérablement à Rungis mais qui dans le « métavers » va se révéler très opportuniste.
Mais comme c’est un conte moral, il y aura une chute, dévoilée au départ. On ne peut pas tricher avec le réel.
Quoi en penser ?
C’est assez bien écrit quoiqu’un peu impersonnel, je préfère de loin L’aménagement du territoire d’Aurélien Bellanger. Mais nous sommes encore loin d’un livre qui associerait les enjeux littéraires et ceux du numérique contemporain. Ou alors, il faut se plonger dans la SF d’il y a quelques années comme Snow Crash (Le samouraï virtuel, 1992) de Neal Stephenson qui a inventé le terme « Métavers ».

Le monde selon Zuckerberg (portraits et préjudices)

Olivier Ertzscheid

C&F, Caen / 2020

Olivier Ertzscheid, maître de conférence en sciences de l’information et de la communication, décrypte le monde au temps des « big techs » avec des portraits (Zuckerberg, Brain, Page, Bernes-Lee…) et des préjudices (fonction, coût, les autres, surveillance, réseaux sociaux, espace public et espace privé, opinion, publicité, démocratie).

Zuckerberg est au centre du propos général car il cristallise avec Meta l’ensemble des problématiques contemporaines lié au numérique et à cette hégémonie industrielle, politique et idéologique.
« Il y parle de Facebook comme d’une infrastructure sociale d’un nouveau genre qui a pour vocation à se substituer aux vieux États-nation, selon lui défaillants. Il indique également vouloir coloniser le champ de l’interaction politique directe. »

Dans le même registre, Eric Schmidt le directeur exécutif de Google déclarait en 2012 : « Si nous nous y prenons bien, je pense que nous pouvons réparer tous les problèmes du monde. »

En face, une autre figure majeure, Tim Berners-Lee, qui désespère de la situation, a inventé le langage HTML, le protocole http, le système des URL et le premier navigateur graphique. On lui doit tout ou presque or il a tout cédé sans aucune contre-partie.
Qu’en reste-t-il aujourd’hui ?

Il faut encore redire qu’il n’y a pas de neutralité des technologies. Félix Treguer, auteur de L’utopie déchue en 2019, écrit « la technologie n’est pas neutre : elle est conçue et déployée dans un système de relations de pouvoir vis-à-vis desquels elle n’est pas autonome ; elle retranscrit des pratiques et des rationalités qui en conditionnent les effets. »

Olivier Ertzscheid participe à faire progresser une prise de conscience globale. Mais c’est long.

Affordance

William S. Burroughs SF Machine

Un essai de Clémentine Hougue

Éditions Jou / 2021

Burroughs est associé à la science-fiction dont il était lecteur. Clémentine Hougue, docteure en littérature comparée (Paris III-Sorbonne Nouvelle) qui a déjà écrit sur lui et la pratique du cut-up en 2014, « apporte un éclairage inédit sur la manière dont l’auteur combine les thèmes de la littérature de genre et les expérimentations d’avant-garde » comme « une contre-offensive à la prolifération virale de l’information et aux systèmes de contrôle ».

Je ne sais pas où cela a commencé (probablement par Métal Hurlant) mais Burroughs est aux côtés de Bukowski et de Selby Jr. dans mon Panthéon littéraire.
Et pourtant, la lecture n’en est pas toujours facile mais quand elle est sidérante comme dans Le Festin nu (Naked Lunch) qu’il écrira à Tanger et qu’il assemblera avec Ginsberg et Kerouac, pas moyen d’oublier ni de s’en défaire.
Dès les années 60, il appelle à lutter contre le flux d’information et son écriture est une guérilla. Jusqu’à peindre au fusil à pompe*. Et il sait mieux que quiconque le pouvoir des mots et analyser la novlangue (1984, Orwell) dont l’objet est de limiter notre pensée. De ce point de vue, Burroughs a saisi ce qui ne cesse de s’amplifier aujourd’hui, au sujet des technologies de l’information (le « Studio-Réalité est l’espace bio-politique où s’inscrivent les mécanismes du contrôle ». Celui-ci repose sur le consentement et se présente comme un confort). C’est en ce sens qu’il est associé à la science-fiction. Point de vaisseaux et de voyages interplanétaires, cela relève de la fiction spéculative et à l’instar de Ballard de la précision d’analyse socio-politique, qui s’inscrit d’ailleurs bien dans l’esprit paranoïaque de l’époque. Pour lui, le Verbe est un Virus et qu’un virus est une unité de mot et d’image.
Par ailleurs, il s’oppose à la vision binaire et aristotélicienne de la société. Ses personnages évoluent sans cesse et ne sont pas assignés à une identité particulière. « Les cut-ups sont un mouvement qui vise à briser ce carcan. » (1965) et il influencera la scène littéraire SF mais aussi le cinéma, par exemple le titre Blade Runner est de lui. D’une certaine façon, en s’opposant au fascisme d’une croyance en l’exactitude de la technique, il anticipe le techno-chamanisme et le Neuromancien de Gibson en 84, ou du même auteur Johnny Mnemonic et son adaptation ciné en 95, le métavers dans Snow Crash (Stephenson, 1992) et le film Matrix dans lequel, le virus, c’est l’humain. Par ce biais, on croise Baudrillard, Deleuze, Guattari, Foucault et retour aux images, Cronenberg, celui qu’il l’incarne le mieux, qu’il s’agisse d’une adaptation ou non avec Videodrome, eXistenZ mais la première partie de la carrière de Cronenberg se situe entre Burroughs, Ballard et King.

Donc la SF lui doit beaucoup mais ça n’est pas à sens unique, il s’agit aussi d’une période particulière et d’une communauté d’idées qui résonnent si fort aujourd’hui.

* On ne peut pas ne pas mentionner ici son passé tumultueux, drogué impénitent, qui causa la mort accidentelle sa femme si l’on peut considérer que jouer à Guillaume Tell défoncé avec une arme chargée est un accident.

Les recherches de Clémentine Hougue portent sur les liens entre fiction et politique, dans les avant-gardes, les contre-cultures et la science-fiction.

On peut retrouver Burroughs dans Drugstore Cowboy de Gus Van Sant (avec Matt Dillon et Kelly Lynch) mais aussi en enregistrements avec John Giorno, Laurie Anderson, Kurt Cobain, Iggy Pop, Gus Van Sant, John Cale, Sonic Youth, Tom Waits… Bref la contre-culture à lui tout seul.

Éditions Jou

Hyperobjets | Philosophie et écologie après la fin du monde

Timothy Morton

Cité du design | Saint-Etienne | (University of Minnesota Press, 2013 - trad. L.Bury) / 2019

Morton a inventé la notion d’hyperobjet dans son livre La pensée écologique comme Michel Lussault parle d’hyperlieux pour des espaces dont nous faisons l’expérience par leur taille et les interactions qu’ils génèrent. Ici, un hyperobjet peut être un trou noir, l’exploitation pétrolifère, le réchauffement planétaire, le nucléaire, le plastique ou le capitalisme. Un hyperobjet nous dépasse et ne peut être appréhendé dans son entièreté.
Pour le comprendre, il propose une « Ontologie Orientée Objet » qui revendique une forme unique de réalisme et de pensée non-anthropocentrique.

L’humour qui n’est pas absent du livre - « Quand j’entends le mot durabilité, je sors ma crème solaire. » - permet notamment de tracer une voie dans un discours souvent obscurci par un langage qui n’est pas limpide et des démonstrations labyrinthiques.
Mais sa pensée stimulante pousse à l’effort. « On a rien sans rien et pas grand chose pour grand chose » comme disait Churchill.

« Les hyperobjets sont d’une inquiétante étrangeté. Ils défient le holisme et le réductionnisme. » La réification tente de réduire un objet à son apparence dont on ne peut saisir la globalité. « En ce sens, la nature est une réification. » Une construction fictionnelle qui fige et empêche de tenter de saisir la notion d’hyperobjet.
« Il est nécessaire de développer une théorie et une pratique écologiques incluant la politique sociale, l’éthique, la spiritualité, l’art et les sciences (…) afin de devenir les gardiens de la futuralité ». Le refuser, c’est différer l’inévitable. « La fin du monde n’est pas une soudaine ponctuation mais plutôt une question de temps profond ».

L’art est largement convoqué à sa réflexion : Il mentionne autant Matrix que John Keats, My Bloody Valentine, La Monte Young ou Eliane Radigue* - « musique ne parle pas d’environnement, elle est un environnement » - qui sont ressentis physiquement en pénétrant le corps jusqu’à l’effroi.

Pour autant, l’art n’est pas « une entreprise de relations publiques (pour le changement climatique). Il doit être une science, une partie d’une science, une partie d’une cartographie cognitive de cette chose (…) parce que tout dans la biosphère est touché par le réchauffement planétaire. » (…) que tente un certain art écologique qui ne fait qu’effleurer la surface des choses en mettant à jour l’esprit du spectateur, (…) propre au romantisme constructiviste. (…) La métaphysique transcendantale » est toute aussi vaine.

« Il y a une asymétrie entre réflexion et action. (…) Nous en savons plus que nous ne pouvons en incarner. » L’ère de l’asymétrie met fin à la belle âme et à sa distance esthétique.
« Faut-il se sentir terrorisé ou libéré ? » demande-t-il ?
« Les deux. »
« Les hyperobjets mettent fin à l’idée qu’ils ne sont pas pleinement réels tant qu’ils n’interagissent pas avec des humains. (…) On aboutit ainsi à une situation où il devient impossible de préserver une distance esthétique. Cette distance est le principal facteur qui produit le concept de nature. (…) La nature se dissout et les hyperobjets s’introduisent dans notre espace social, psychique et écologique.

* sa musique faisait partie de Kyil Khor de F. d’Estienne d’Orves présentée à Caen à l’été 2020 à l’église Saint-Nicolas (Station Mir, festival ]interstice[).

Ici l’introduction de Timothy Morton :
https://www.cairn.info/revue-multitudes-2018-3-page-109.htm
et là un article critique : https://medium.com/anthropocene2050/a-propos-des-hyperobjets-de-timothy-morton-311cecec8386

Cité du Design

Un nouvel âge de ténèbres

James Bridle

Éditions Allia / 2022

Un nouvel âge de ténèbres
La technologie et la fin du futur
James Bridle
Paris, éditions Allia, 2022 (New Dark Age, Verso, Londres, 2018 - trad. B.Saltel)

James Bridle, artiste et écrivain, publie en anglais Ways of Being et en français Un nouvel âge de ténèbres en référence à H.P. Lovecraft (L’appel de Cthulhu, 1926) : « Un jour viendra où la synthèse de ces connaissances nous ouvrira des perspectives terrifiantes sur la réalité et la place effroyable que nous y occupons : alors cette révélation nous rendra fous, à moins que nous ne fuyions cette clarté funeste pour nous réfugier dans la paix et la sécurité d’un nouvel âge de ténèbres. »

Bridle propose une histoire de l’automatisation et de la connaissance computationnelle, depuis la découverte de l’Amérique jusqu’aux microprocesseurs qui raconte comment le pouvoir se concentre dans de moins en moins de mains et la compréhension dans de moins en moins de têtes.

Découpé en thèmes (computation, climat, calcul, compléxité, cognition, complicité, conspiration, simultanéité, nuage), Bridle fait autant appel à la pop culture qu’à la philosophie de Morton (dont on parlera le mois prochain) pour traiter de la pensée computationnelle et de l’illusion qui la sous-tend.
« Tous les processus stables, nous les prévoirons. Tous les processus instables, nous les contrôlerons. » V.K.Zworykin, chercheur en météorologie en 1945.
Il faut insister sur le fait que le numérique a toujours une Histoire même si on prétend le contraire.
Le monde est remplacé par des modèles. Ce qui est possible devient ce qui est calculable. Or plus nous nous entêtons à calculer le monde, plus ils nous apparaît complexe au-delà du concevable (effet Richardson). Il produit ses propres absurdités comme la mort par selfie ou celle par GPS pour un suivi irréfléchi d’instructions données par un assistant de navigation GPS (Global Positioning System). Le complot en est une autre expression. « La conspiration est la cartographie cognitive du pauvre de l’ère postmoderne. C’est la figure dégradée de la logique totale du capital tardif », une tentative désespérée de représenter, comprendre et contrôler le système.
Le calcul informatisé est un piratage cognitif qui décharge dans la machine notre processus décisionnel et notre responsabilité.
Il suffit de ‘sen remettre à la vérité émergente du calcul. C’est un sophisme qui repose sur la croyance réductionniste qui pense comprendre et contrôler sur la base d’une analyse d’éléments séparés du tout.
Résultat, tout est éclairé mais on ne voit rien.
Le recours à la logique computationnelle de la surveillance pour obtenir une vérité sur le monde nous place dans une position précaire. La connaissance ne peut produire sa vérité qu’à partir des données dont elle dispose. Donc toute connaissance est réduite au calcul. Cette logique nie notre capacité à penser en l’absence de certitude. Pour agir, il faut des preuves (a posteriori) quand il faudrait agir dans le présent.
Un des meilleurs livres sur le sujet numérique depuis L’âge du capitalisme de surveillance de Shoshana Zuboff en 2020.

http://jamesbridle.com/

Éditions Allia

Trajectoires intensives. Penser les circonstances du réel avec Étienne Souriau

Un essai de Noélie Plé

Éditions de l’Université de Bruxelles / 2021

« Comment cultiver de nouvelles formes d’attention aux événements pour parvenir à prendre la mesure de cet entremêlement existentiel liant ensemble l’actuel, le virtuel et le possible ? »
Cette étude de Noélie Plé se propose d’en penser l’instauration à travers l’œuvre du philosophe Etienne Souriau (1892-1979).

Sans traiter de la création dans le domaine des arts numériques et des interactions qu’elle génère, en particulier avec les sciences, Noélie Plé à partir de son étude de Souriau, permet de constituer un fondement philosophique à une pensée transversale du travail, à une méthode de la rencontre et de la mise en œuvre d’un processus d’expérimentation.
Autant de façons de concevoir et faire aujourd’hui qui sont complexes à porter et à défendre alors qu’à la lecture de Trajectoires intensives, nous sommes frappés d’évidence.
Dès le titre et face à la rigidité de la norme, on peut penser le réel non univoque de multiples manières.
En cela, la table des matières est nous éclaire : pulsation / rencontrer / se laisser affecter / façonner / intensité / ouverture / se laisser guider / œuvre à faire / brèche / vibration / expérience…

(citations agencées et commentaires personnels)

… dans la pluralité de laquelle se distingue la myriade de possibilités existentielles. Souriau ouvre une voie en direction du réel et des présences en intensité qui le composent. Tout l’enjeu est de parvenir à se glisser dans l’interstice ouvert.

Comprenons (maintenant) que l’identité n’est pas quelque chose de fixe. Il y a un monde agencé en fonction de toute une série d’existences hétérogènes, ouvrant à leur tour sur de nouvelles trajectoires. L’absence d’homogénéité nous demande de rester aux aguets et attentifs face à l’histoire singulière que raconte un moment donné.

Nommer le monde, nommer chaque chose, la définir ou en définir un usage constitue usuellement le lien opéré par la faculté de penser, qui produit en forces contraires un dedans et un dehors.
« L’histoire de la pensée est un mélange tragique d’ouvertures vibrantes et de fermetures mortelles » écrit Alfred North Whitehead (1861-1947).
Cette partialité du régime de vérité limite et entrave tous les changements de direction, qui empêche les nouvelles fabulations, qui nous fait possiblement manquer les occasions de voir autrement que l’on aurait rencontrées en dehors du cadre.

Pour autant, Noélie Plé ne dit pas de contester une vérité scientifique (la science n’est pas une opinion) mais de s’ouvrir à des vérités sensibles, au fugace, à l’intangible, à l’évanescent, à l’art par le faire, par l’expérimentation qui est toujours une « prise de risque… en cela, dit Souriau, la démarche expérimentale est le pivot qui joint esthétique et philosophie de l’instauration dans un même souci ontologique réclamant l’action, fût-elle dramatique. »

Noélie Plé, à partir de sa lecture d’Henry James, Virginia Woolf et Nathalie Sarraute, écrit que l’œuvre ne pose pas qu’une existence, elle amène avec elle tout un monde et toute une manière de faire monde. Nous avons besoin d’apprendre à écouter ce qui nous échappe, et cela, pour qu’une plus grande multitude de fréquences existentielles puisse être dévoilée par les instaurations effectivement réalisées. Donner de la force aux intermondes ouvre un chemin en direction d’une pluralité existentielle qui ni ne s’oublie ni ne s’ignore.

« Ce qui marque ici l’éveil de la raison, c’est de poser le problème, non de lui donner telle solution. »
Pensée vivante et perfection formelle (E.Souriau, Hachette,1925)

*Noélie Plé était invitée au festival ]interstice[ 2022 avec Alexis Choplain à l’Espace Projet de l’Artothèque de Caen. Il seront résidents d’Archipel à l’invitation d’Oblique/s en 2022/2023.
Noélie Plé est doctorat en philosophie à l’université libre de Bruxelles et à l’université Toulouse Jean-Jaurès.

Éditions de l’Université de Bruxelles

The Great Off-Shore

RYBN

Sous-titré « art-argent-souveraineté-gouvernance-colonialisme », ce livre est issu d’une exposition qui s’est tenue du 18 Novembre 2017 au 27 janvier 2018 à Bourogne à l’Espace Multimédia Gantner dirigé par Valérie Perrin.
The Great Off-Shore est une enquête artistique dans les arcanes de la finance off-shore.
Comment repérer ce qui se veut « liquide », invisible, opaque, secret ? Comment détourner un système occulte ? Comment figurer une politique structurelle qui concerne directement l’art comme objet d’optimisation et/ou de spéculation ?
Sauf exceptions (The Big Short, Margin Call, The Laundromat), le sujet est difficilement tangible alors qu’il est bien concret mais par nature discret que l’on soit à Malte, Amsterdam, Jersey, aux Caïmans ou aux Bermudes… De grands discours sur la fin de l’optimisation et de l’évasion fiscale (entre 60 et 80 milliards par an en France) servent de paravent à un faux-semblant, tout le monde participant de ce système. Et le plus gros musée du monde est en réalité caché des regards quelque part à Singapour ou au Luxembourg dans des zones de fret. Entre tour operator et mise à jour d’algorithmes, les artistes invité.e.s démontent le système.

« Les documents sont agencés sous la forme d’une encyclopédie, cherchant à indexer les formes les plus singulières qui caractérisent l’industrie de l’évasion fiscale, et à mettre en évidence le caractère infrastructurel de cette industrie, au cœur du dispositif économique néolibéral. »
avec Wilfried Bartoli | James Bridle | Ewen Chardronnet & Bureau d’études | Paolo Cirio | Alain Denault | John Doe | Rachel O’Dwyer | Phineas Fisher – Max Haiven – Reijer Hendriske & Rodrigo Fernandez | Femke Herrgraven | Brian Holmes | Aude Launay | Marie Lechner | Frédéric Neyrat | Brett Scott | Hito Steyerl | Sarah Taurinya | Vera Tollmann & Boaz Levin

Vidéo de Nathaniel Colas, espace multimédia Gantner :

On trouve de multiples ressources sur le site dédié :
http://rybn.org/thegreatoffshore/

Archives de l’exposition :
http://www.espacemultimediagantner.cg90.net/exposition/the-great-offshore/

Photos de l’exposition :

The Great Offshore

Podcast de l’Exposition :

UV éditions 2021

A Scanner Darkly

Philip K.Dick (1977) | Richard Linklater (2006)

Folio SF

A Scanner Darkly
Un roman de 1977 de Philip K. Dick (Substance Mort en français)
Un film animé en rotoscopie* réalisé par Richard Linklater* en 2006 avec K.Reeves, W.Harrelson, R.Downey Jr et W.Ryder.

En Californie, Fred en colocation avec deux barjots et amoureux de Donna une dealeuse, est un agent des stups infiltrés pour lutter contre le trafic de la Substance M, un drogue qui rend schizo et vous transforme en légume pour l’éternité. Par sécurité, personne ne sait qui est qui dans les services anti-drogues. Fred, alias Bob Arctor, devenu accro, a pour mission d’enquêter sur lui-même. Au fil de l’enquête, il va perdre le sens des réalités et son identité. Qui est Fred ? Qui est Bob ? Qu’est-ce qui est réel ?

“A Scanner Darkly” est le titre choisi pour les rencontres Ambivalences le 4 mai après-midi (voir festival-interstice.net). Référence au Nouveau testament*, le miroir obscur renvoie une image inversée à l’infini. « C’est toi, c’est ton visage, et pourtant ça ne l’est pas. En un sens, c’est l’univers entier que j’ai commencé d’apercevoir de cette manière. (…) Aussi ne sait-il pas qu’il s’agit du même individu. »

Un scanner 3D permet d’enregistrer et reproduire en volume point par point toute forme (topologie). Le cerveau de Fred/Bob Arctor s’y perd. Le choix de la rotoscopie renforce cette confusion et traduit la paranoïa qui s’installe dans le roman de K. Dick, évidemment bien plus précis et profond. La trajectoire inéluctable de Fred/Bob Arctor n’est pas sans rappeler le film Shock Corridor de Samuel Fuller dans lequel un journaliste se fait passer pour malade pour enquêter dans un hôpital psychiatrique dont il ne sortira jamais.

Si K. Dick rend hommage à ses ami.e.s perdu.e.s, ce n’est pas non plus sans critique envers un système en « boucle » qui trame tout le récit aussi étrange que réaliste, et dont la liberté n’est qu’une illusion.

* https://fr.wikipedia.org/wiki/Rotoscopie
voir aussi Apollo 101/2 sur Netflix
Épître aux Corinthiens, XIII, 12 : « Maintenant nous voyons en un miroir obscurément ; mais alors nous verrons face à face. Maintenant je connais partiellement ; mais alors je connaîtrai comme je suis connu. »

Ambivalences

Le Rêve des machines

Gunther Anders

« En 1960, Francis Gary Powers, pilote américain, est arrêté en mission en URSS en pleine Guerre froide. Günther Anders, inquiet des conséquences de cette arrestation et du risque de guerre nucléaire, écrit au pilote incarcéré. Sa Lettre sur l’ignorance reste sans réponse. Il en écrit alors une seconde : Le Rêve des machines, inédite en français comme en allemand. Le Rêve des machines rassemble ces deux lettres qui éclairent l’évolution de la pensée d’Anders et ses thèmes de prédilection : risque nucléaire, machinisation du monde, suprématie de la consommation… En exposant à Powers comment celui-ci est devenu le rouage d’un système inhumain, il dénonce la toute-puissance de la technique et le monde des machines, produit d’un capitalisme qui annihile notre humanité. Anders développe ainsi une réflexion habitée par un souffle qui, à défaut d’être atomique, reste d’une puissance philosophique sans équivalent. »
Les deux lettres d’Anders, dévoilées ici, sont évidemment à mettre en perspective avec le contexte géopolitique de l’époque, soit 1960 et la Guerre froide, en pleine paranoïa et climat d’apocalypse. Si 60 ans plus tard, celui-ci s’est considérablement refroidi et si l’escalade militaire Est-Ouest est dramatique, le propos d’Anders trouve ses limites dans sa seconde lettre sur la consommation, parce que depuis le sujet a été bien exploré et déconstruit. Ce qui ne signifie pas qu’il se trompe, au contraire. La première lettre sur « l’appareil » a une portée encore prédictive alors que le rapport à la machine n’est pensé qu’à travers la science-fiction dans notre quotidien. L’usage que l’on fait du smartphone vient cocher toutes les cases proposées par Anders, la principale étant celle d’une non-pensée, d’une « bonne conscience de l’absence de conscience. » La machine est un système et en tant que tel, il est autonome, en expansion et intégrationniste. C’est inhérent à la technique. Penser isolément la technique, c’est se tromper dans l’analyse. Nous sommes une partie de la machine. Par ailleurs, il insiste sur ce potentiel totalitaire qui ne se réduit pas à une analyse politique. De cette même période a surgi la cybernétique (relation homme-machine) comme outil de symbiose entre l’organique et l’artificiel qu’analysera Donatien Aubert le 3 mai à l’ésam Caen/Cherbourg. À l’instar de Simondon, Baudrillard ou Virilio, Anders impressionne par son acuité et sa vision acérée du futur.

Éditions Allia

Ada ou la beauté des nombres

Catherine Dufour

Éditions Fayard / 2019

C’est peu de dire que ce livre bref est réjouissant. Unique travail dédié en français à Ada Lovelace, fille du débauché Lord Byron, celle qui est considéré comme la pionnière - du XIXe siècle - de l’informatique (toutes catégories confondues), le texte biographique de Catherine Dufour (informaticienne, autrice de SF mais pas que) est plein d’humour, de dérision et d’énergie.
Sans elle, pas d’Internet, pas de réseaux sociaux, pas de conquête de l’espace.

Et à écouter Catherine Dufour avec Etienne Klein dans La Méthode scientifique le 22/08/2021 : https://www.franceculture.fr/emissions/la-conversation-scientifique/prenom-de-code-ada-0

Éditions Fayard

Dans les imaginaires du futur

Ariel Kyrou

Éditions Actusf / 2021

Volte-facé par Alain Damasio, ce livre très riche en références ne s’adresse pas qu’à des férus de science-fiction, bien au contraire. Accessible dans son style, il constitue une entrée parfaite pour celles et ceux qui voudraient en savoir plus et surtout par où commencer.

"Ce livre est peut-être la chose la plus importante qui soit arrivée à la SF hexagonale" écrit Damasio.

Ariel Kyrou, est un journaliste, écrivain et essayiste. Il utilise la science-fiction, la contre-culture et les arts contemporains autant que la philosophie pour penser et panser le monde d’aujourd’hui. Il est directeur éditorial du Laboratoire des solidarités de la Fondation Cognacq-Jay et membre du collectif de rédaction de la revue Multitudes. Il est le co-scénariste du documentaire Les Mondes de Philip K. Dick.

Éditions Actusf

Cyberpunk’s Not Dead

Yannick Rumpala

Le Bélial' / 2021

Cyberpunk’s Not Dead
Laboratoire d’un futur entre technocapitalisme et mosthumanité

Les résistances ne semblent avoir de place que dans les interstices

Pour celles et ceux non familiers du genre littéraire science-fiction et plus particulièrement du « bref » mouvement cyberpunk dont la référence est Neuromancien de William Gibson (1984), l’essai va sembler abscond. C’est en partie inévitable si l’ensemble repose sur des livres qu’on a pas lu ou des films que l’on a pas vu (Blade Runner, Matrix !!!???)

Mais l’intérêt sur le fond est la mise en relation entre l’imaginaire des années 80 et 90 et le monde d’aujourd’hui, médiatisé et modélisé par les réseaux. Si cet imaginaire semble parfois ridicule dans son traitement esthétique (surtout cinématographique : Johnny Mnemonic réalisé par le peintre Robert Longo, Le Cobaye ou le prodigieux Programmer pour tuer aka Virtuosity avec Russell Crowe et Denzel Washington - faut le voir pour le croire, ces deux derniers étant réalisés par Brett Leonard qui semble avoir fini sa carrière avec Highlander 5, si si)…, il s’agit écrit Rumpala d’une passerelle entre les époques.

Le genre cyberpunk repose sur la relation entre société capitaliste et corporatisme (« néoféodalisme économique »), chaos social, ruine écologique, corps, technologies invasives et surveillance globale. Neuromancien « envisage une transformation de l’information d’une marchandise passive en une force active, d’un contenu qui est échangé en un support substantiel à travers lequel on se déplace. »

C’est-à-dire ni plus ni moins que le monde dans lequel nous vivons, dans une phase sanitaire qui a vu les codes culturels de l’époque muter à grande vitesse via de nouveaux dispositifs technologiques, tout cela dans un relativisme effrayant puisque toute innovation serait en elle-même prodigieuse, c’est-à-dire une source maximale de profits vertigineux.*

« Au-delà des existences individuelles et des interactions sociales, c’est au surplus une certaine forme d’abstraction et de déterritorialisation du capitalisme qui paraît anticipé ».
La science-fiction est moins une prospective auto-réalisatrice que la description d’un présent en roue libre, sans pilote à bord.

La conclusion revient à Yannick Rumpala :
« Le cyberpunk donne un cadre d’appréhension de trajectoires potentielles. »

Luc Brou

* je ne peux m’empêcher de vous joindre Bitcoin, JPEG et blockchain, Thomas VDB se penche sur les concepts flous, une chronique radiophonique aussi courte que drôle

Le Bélial’ éditions

Helgoland de Carlo Rovelli

Le sens de la mécanique quantique

Flammarion, Paris (traduction Sophie Lem) / 2021

La mécanique quantique va éclore avec Heisenberg, Jordan, Dirac et Pauli, tous dans la vingtaine. Leur physique est appelée « Knabenphysik », la physique des gamins.
L’essai de Rovelli débute par de l’histoire des sciences, dans l’entre-deux guerres, au cœur de la pensée artistique et philosophique européenne avant qu’elle ne replonge dans le chaos. Carlo Rovelli se lance dans un exercice de pédagogie complexe pour nous expliquer en mots la mécanique quantique. C’est vertigineux, très simple et très compliqué, totalement contre-intuitif.
Oublions ce que nous croyons savoir. Nous ne savons rien. Notre vision est macroscopique donc approximative.
L’analyse repose sur une « interprétation relationnelle qui consiste à dire que (…) les propriétés des objets n’existent qu’au moment des interactions et peuvent être réelles par rapport à un objet, mais pas par rapport à un autre. »
« À petite échelle, il n’y a pas de continuité ou de fixité dans le monde réel », il n’y a que des événements et des interactions. « Les certitudes de la physique classique ne sont que des probabilités. L’image nette et solide du monde de l’ancienne physique est une illusion. »
Le monde perçu n’est pas séparé entre monde physique et monde mental, entre corps et esprit. Rovelli cite Bertrand Russell : « le matériau brut dont est fait le monde n’est pas de deux sortes, la matière et l’esprit ; il est simplement arrangé en différentes structures par ses interrelations. »
Rovelli s’intéresse autant à la philosophie qu’aux arts, pour lui, il est inconcevable de pouvoir penser en « silo », et il cite de nombreuses contributions comme il en critique d’autres, sans fondement ou reposant sur un Deus Ex Machina, bien pratique quand l’ignorance nous cerne. La physique devient poésie et philosophie.
« La vision classique du monde est une hallucination qui n’est plus confirmée. Le monde fragmenté et insubstantiel de la théorie des quanta est, pour l’instant, l’hallucination la plus en harmonie avec le monde…
Après L’ordre du temps et Écrits vagabonds, Carlo Rovelli marque une nouvelle fois les esprits de son empreinte érudite et modeste. C’est génial et inspirant.

Luc Brou

L’ordre du temps

Carlo Rovelli

Champs sciences, Paris (L’ordine del tempo, Adelphi Edizioni S.P.A. Milano, 2017) traduction Sophie Lem / 2019

La poésie est peut-être l’une des racines profondes de la science : savoir voir au-delà du visible.

« La poésie et la science sont toutes les deux des créations de l’esprit qui forgent de nouvelles façons de penser le monde, afin de nous permettre de mieux le comprendre. La grande science et la grande poésie sont visionnaires, et peuvent parfois arriver aux mêmes intuitions. La culture actuelle qui tient la science et la poésie tellement éloignées l’une de l’autre est absurde » selon Carlo Rovelli dans Écrits vagabonds, « car elle nous rend myopes à la complexité et à la beauté du monde, que toutes deux révèlent. »

Qu’est-ce que le temps ? pose Carlo Rovelli.

Toute l’évolution de la science indique que la meilleure grammaire pour penser le monde est celle du changement, et non celle de la permanence. Du devenir, et non de l’être. (…) Penser le monde comme un ensemble d’événements, de processus, est le mode qui nous permet de mieux le saisir, le comprendre, le décrire. C’est l’unique mode compatible avec la relativité. Le monde n’est pas un ensemble de choses, c’est un ensemble d’événements. (…) À tout bien considérer, même les « choses » qui nous semblent les plus « choses » ne sont en fait que de longs événements.

Le monde est un réseau d’événements.

MINDFUCK

Christopher Wylie

Grasset / 2020

MINDFUCK de Christopher Wylie

Tout d’abord un paradoxe dont on peine à se départir pour espérer porter une voix, celui d’utiliser comme vecteur de communication l’objet du délit*.
MINDFUCK.
Oubliez le roman de SF, thriller ou d’espionnage que vous tenez entre vos mains.
MINDFUCK.
Un essai-récit-témoignage au-delà du réel et bien tangible sur non pas un complot (baseline abusive de l’éditeur) mais une « machinerie » (machination + ingénierie) financière et politique d’une ampleur jamais atteinte et dans un contexte géo-politique international inédit.

« Le lanceur d’alerte Christopher Wylie nous raconte comment l’utilisation des données personnelles de dizaines de millions de personnes et des opérations de manipulations mentales menées à grande échelle ont permis à Donald Trump d’accéder au pouvoir, et au Brexit de l’emporter lors du référendum britannique. Wylie a été le premier à dénoncer les pratiques de la société pour laquelle il travaillait, Cambridge Analytica, et à pointer du doigt Facebook, WikiLeaks, les services de renseignement russes et des hackers du monde entier qui ont participé, plus ou moins activement, à ces opérations dont les conséquences politiques et géopolitiques nous concernent tous. »

Wylie, jeune homme brillant, va être l’artisan d’une autre façon de faire une campagne politique basée sur l’exploitation de données, utilisées pour des opérations psychologiques à grande échelle, le tout issu de la recherche comportementale. Quand des pays entiers (notamment en Afrique ou aux Caraïbes) deviennent des laboratoires in vivo dont l’objet est la construction de modèles sociaux-politiques prédictifs. Au milieu de ce chaos, on croise un aéropage de gens fous et/ou dangereux et/ou très riches et une société, Cambridge Analytica (appartenant à SCL, compagnie privée spécialiste en coups tordus). On dirait Spectre mais ça donne le Brexit et l’élection de Trump par exemple. Mais Wylie va se réveiller et s’engager dans une voie pénible sans retour dont au final, il ne sortira rien pour le Brexit puisque les concernés ont les clés de la maison. Quant à Trump, il reviendra par la fenêtre et il faudra observer avec attention les élections locales puis mid-term aux USA et en pas oublier que nous ne sommes pas épargnés avec Zemmour, puisque c’est la même logique qui préside à son action.
Au cœur du récit, on retrouve les mensonges, pressions et manipulations de Facebook, qui a construit son modèle économique sur la division sociale (bulles de confirmation + rétroaction = division) et l’irresponsabilité politique avec un cynisme absolu. Facebook est l’arme favorite des autocraties et politiquement, tout le monde est endormi au volant.

Luc Brou

MINDFUCK de Christopher Wylie (Random House 2019 ; Grasset 2020, traduction Aurélien Blanchard).

*S’il l’on considère le pouvoir de Facebook (Instagram et WhatsApp), alors on peut considérer qu’il agit comme un service d’intérêt public auquel cas il faut le réguler pour en limiter la nuisance.

Grasset

Le Système Amazon

une histoire de notre futur

Alec MacGillis

Seuil-Éditions du sous-sol, Paris, 2021 (Fulfillment, Farrar, Strauss and Giroux, New York 2021) / 2021

François-Xavier Delarue

En documentation, un montage d’extraits de ce livre passionnant et effrayant présenté ici par sa maison d’édition :

On peut dire que le grand gagnant de la crise du coronavirus est Amazon.
Tandis qu’à la mi-avril 2020, la pandémie approchait de son moment le plus critique, la valeur des actions de la firme augmentait de 30 % par rapport à l’année précédente ; et en l’espace de seulement deux mois, la fortune nette du PDG Jeff Bezos augmentait de 24 milliards de dollars.
Comme le résume un analyste de l’industrie numérique : “Le Covid-19 a été comme une injection d’hormones de croissance pour Amazon.”

L’enquête d’Alec MacGillis débute bien avant la crise sanitaire actuelle.
Sa méthode est simple et efficace : c’est par une mosaïque d’approches et de vies que l’on comprend le mieux un système, comment ce dernier affecte ceux qui entrent en contact avec sa trajectoire. À la manière des grands reportages littéraires, Le Système Amazon décortique l’implacable machine et ses rouages à travers une impressionnante série de portraits et de tableaux.
À Seattle, ce sont les cadres bien rémunérés de la firme qui accélèrent la gentrification d’un quartier populaire historique ; dans une banlieue de Virginie, ce sont des propriétaires qui tentent de protéger leur quartier de l’impact environnemental d’un nouveau data center Amazon ; à El Paso, ce sont des petites entreprises de fournitures de bureau qui tentent de résister à la prise de contrôle par Amazon de l’ensemble des marchés publics ; à Baltimore, c’est un entrepôt qui remplace une usine sidérurgique légendaire, etc. Il montre également comment la firme est devenue un lobby à part entière à Washington, l’auteur poussant les portes du gigantesque manoir de Jeff Bezos, dans le quartier de Kalorama, où l’on croise lobbyistes, députés, sénateurs et membres du gouvernement.

Plus qu’un énième pamphlet sur l’impact destructeur du géant jaune au large sourire, ce livre, fruit d’années d’enquête, offre à lire le récit édifiant d’une société sous emprise.

De centres de livraison en data centers, de campus d’entreprises en entrepôts du mastodonte, visitez un autre monde, en proie à son Amazonisation, qui se divise entre gagnants et perdants, entre vies déconnectées et vies broyées par ce système.
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Morgane Saysana et Guillaume Contré.

Luc Brou

Seuil-Éditions du sous-sol

À télécharger:
le_systeme_amazon-2.pdf (76.1 kio)

L’Observatoire

Revue des politiques culturelles n° 57 hiver 2021

À la fois bâtisseurs d’utopies, éclaireurs, perturbateurs, activistes... les artistes nous rendent sensibles aux signaux faibles de notre époque. Ils nous offrent les fictions nécessaires pour penser l’avenir et inventent des formes critiques pour outiller notre réflexion sur le présent. Dans ce monde en profond bouleversement (technique, politique, écologique et culturel), que nous disent les artistes ? Par les imaginaires qu’ils font naître, comment nous alertent-ils et nous éclairent-ils sur le monde qui vient ? Quelles voies ouvrent-ils pour le penser autrement ? Et de quelles façons agissent-ils sur le réel ?

Ce que les arts nous disent de la transformation du monde

L’Usage de l’art

De Burning Man à Facebook : art, technologie et management dans la Silicon Valley

Fred Turner

C&F éditions / 2020

Dans L’Usage de l’art (de Burning Man à Facebook : art, technologie et management dans la Silicon Valley), Fred Turner propose une analyse passionnante du festival mythique de Burning Man, et des fresques couvrant les murs des locaux de facebook. Il décrit ce nouvel usage de l’art comme outil de management et de création d’une culture d’entreprise par les entreprises de la Silicon Valley. C’est intelligent, fin, plaisant, stimulant… Les photos de Scott London sont impressionnantes…

C&F éditions

De l’autre côté de la machine

Voyage d’une scientifique au pays des algorithmes

Aurélie Jean

Éditions de l'Observatoire | collection De Facto / 2019

"Le futur s’inscrit dans l’interdisciplinarité, cette capacité à translater ses compétences d’une discipline à l’autre et à travailler avec des gens profondément différents de vous-même."

De manière claire, ludique et pédagogique, Aurélie Jean explique à travers son parcours scientifique et entrepreneurial en France et aux États-Unis (Les Mines, le MIT, Penn State, Bloomberg…) ce que sont et ce que recouvrent les algorithmes, en défaisant fantasmes et idées préconçues et en défendant une nécessaire ouverture tant du côté des sciences du numérique que du côté des sciences humaines.

Une excellente entrée en matière pour qui souhaite comprendre les algorithmes qui ont fait irruption dans les médias et trier le bon grain de l’ivraie.

Éditions de l’Observatoire

Contre l’alternumérisme

Julia Laïnae et Nicolas Alep

La Lenteur / 2020

"…ce n’est pas la technique qui nous asservit, mais le sacré transféré à la technique."
Jacques Ellul, Les Nouveaux Possédés (1973) cité page 119.

Dans ce petit ouvrage (128 pages, 10 €), les auteurs dressent un réquisitoire contre le numérique et son ambivalence, très inspirés par Ellul, Castoriadis ou Illich.
Et ils disent ce qu’on peut désespérer d’entendre : "La Technique n’est ni bonne, ni mauvaise, ni neutre, mais ambivalente".
Si on prétend le contraire, sachez que c’est un mensonge.

Une lecture dérangeante (chacun pourra prendre la critique pour soi, être d’accord et pas pas savoir quoi faire ni quoi répondre) donc salutaire.

Pour un commentaire complet, l’excellent article de Hubert Guillaud :
http://www.internetactu.net/2020/02/13/de-lalternumerisme-dautres-numeriques-sont-ils-possibles/

L’EMPREINTE DIRECTE DU VECU SUR LE TEMPS

Éditions Galerie Duchamp

Édition Galerie Duchamp / 2020

Fleur Helluin

Pour sa première participation au Festival Normandie Impressionniste, la Galerie Duchamp a proposé une exposition pluridisciplinaire centrée sur la représentation de la figure à l’heure de ce qu’on peut appeler la révolution numérique. Il y a trente ans, Bill Viola interrogeait déjà la présence de l’écran dans notre vie et la présence de notre image à l’écran. La réflexion se poursuivit avec les œuvres de Fleur Helluin, Sébastien Hildebrand et Rapport 1984. Autour de ces thématiques, des théoriciens et philosophes contemporains ont été invités à participer au dialogue lors d’une journée de rencontres et de conférences (…)
Fleur Helluin

L’exposition a eu lieu du 2 mai au 30 juin 2016 et fait l’objet d’une édition.
Pour plus d’informations, se référer au document joint.

Éditions Galerie Duchamp

Les nouveaux travailleurs des applis

Sarah Abdelnour et Dominique Méda

PUF / 2019

En conclusion de cet ouvrage qui traite des impacts qu’ont sur le travail les plateformes et applications numériques, la sociologue Dominique Méda écrit :
« L’ensemble des enquêtes ici présentées dessine pourtant une autre voie : rompre avec l’illusion romantique et trompeuse d’une autonomie qui ne serait possible qu’en dehors du salariat ; reconnaître l’intérêt d’un travail vraiment indépendant et non sa pâle copie ; renforcer l’attractivité du salariat non seulement en amléiorant les conditions de travail mais aussi l’autonomie dont disposent les salariés. »

Introduction par Sarah Abdelnour
Capitalisme de plateforme, économie collaborative, économie solidaire : quel(s) rapport(s) ? par Diane Rodet
Les plateformes de micro travail : le tâcheronnat à l’ère numérique ? par Pauline Barraud de Lagerie et Luc Sigalo Santos
Marchandiser ses loisirs sur internet : une extension du domaine du travail ? par Anne Jourdain et Sidonie Naulin
Quelles résistances collectives face au capitalisme de plateforme ? par Sarah Abdelnour et Sophie Bernard
Les plateformes numériques de transport face au contentieux par Hélène Nasom-Tissandier et Morgan Sweeney
Postface. Le nouveau monde enchanté des plateformes : du mythe à la désillusion par Dominique Méda

Presse Universitaire de France

Ce qui est sans être tout à fait. Essai sur le vide.

Etienne Klein

Actes Sud / 2019

Étienne Klein, scientifique radiophonique (La conversation scientifique, France Culture), érudit et alpiniste, est un cas de médiation réussie où comment vous faire croire que vous êtes intelligent parce que vous pensez avoir compris la physique quantique, quand, bien sûr, il n’en est rien.
Il sait manier les mots et regarder au-delà de ses disciplines (physique et philosophie) vers le sport ou l’art…

« On ne peut perfectionner le langage sans perfectionner la science, ni la science sans le langage, et quelque certains que fussent les faits, quelques justes que fussent les idées qu’ils auraient fait naître, ils ne transmettraient encore que des impressions fausses, si nous n’avions pas des expressions exactes pour les rendre. »
Antoine Laurent de Lavoisier
Traité élémentaire de chimie. Discours préliminaire (1789)

À travers une approche historique, il s’attaque au « vide » (qui n’est ni le rien ni le néant) dont il rend l’idée même vertigineuse et belle.

« Tout est superflu, le vide aurait suffi » Emil Cioran
L’Élan vers le pire, 1988

Luc Brou

Actes Sud

La tyrannie des algorithmes

Miguel Benasayag

Textuel / 2019

Entretien en trois parties de Régis Meyran avec Miguel Benasayag, philosophe et psychanalyste
https://fr.wikipedia.org/wiki/Miguel_Benasayag

L’échec de la rationalité occidentale
La post-démocratie
Théorie de l’agir

« La violence de la digitalisation ne réside donc pas dans un quelconque projet de domination, mais plutôt dans la négation de toutes formes d’altérités et d’identités singulières qui laissent la place à une dimension de la pure abstraction. (…) Le corps est toujours présent, mais il est soumis à un régime immatériel. »

Miguel Benasayag travaille plus la question de la complexité que celle de la technique en tant que telle. Néanmoins, cet entretien est éclairant et ne peut que donner envie d’en savoir plus.

Éditions Textuel

Alexandria

Quentin Jardon

Quentin Jardon

Gallimard / 2019

À découvrir Alexandria le livre formidable de Quentin Jardon (Gallimard).
À la façon de Gay Talese en 1966 dans Esquire qui écrit un article légendaire Frank Sinatra Has a Cold - Sinatra étant malade ou le prétextant, le journaliste transforme ce qui devait être une interview en récit à la première personne (la même année que la sortie de De sang froid de Truman Capote) - ou du récit de Citizen Kane, Quentin Jardon se met en tête et en quête de Robert Cailliau, celui qu’il présente comme le co-fondateur du web avec Tim Berners-Lee. Quasi-ignoré d’une histoire qui ne cesse de se réécrire (voir l’expo Computer Grrrls La Gaîté Lyrique), celui-ci refuse désormais de répondre à toute sollicitation.
À travers cette recherche, c’est une histoire dans le détail (le combat Cern-MIT donc Europe vs USA et victoire par K.O. des américains) de ce qui sera l’Internet d’aujourd’hui.
Le récit, hyper-rythmé, sonne le glas de nos illusions.
Chaudement recommandé.

Luc Brou

À la radio :
https://www.franceinter.fr/culture/connaissez-vous-robert-cailliau-le-co-inventeur-du-web

Gallimard

L’Utopie déchue

Félix Tréguer

Éditions Fayard / 2019

« À travers une histoire croisée de l’État et des luttes politiques associées aux moyens de communication, Félix Tréguer montre pourquoi le projet émancipateur associé à l’Internet a été tenu en échec et comment les nouvelles technologies servent à un contrôle social toujours plus poussé. »

Félix Tréguer est chercheur associé au Centre Internet et Société du CNRS et post-doctorant au CERI-Sciences Po. Il est membre fondateur de La Quadrature du Net, une association dédiée à la défense des libertés à l’ère numérique.

Éditions Fayard

Lapsus [Numérique]#2

Humains et robots

Marseille

association Lapsus Numérique

Humains et robots, Lapsus [Numérique]#2
association Lapsus Numérique, Marseille, 2019

Avec :
MARSOUL Romain, LUCCIARDI Théo, DARDART Jean-Christophe, RIGAUD Laurent, BAÏDI Christophe, HENRY DE VILLENEUVE Paul, FARAUT Valentin, TEBOUL Jérémy, CAILLOT Guillaume, VARAILLON LABORIE Julien, JESSEL Marion, CADET France, TERRAMORSI Jeanne, FIRPI

Lapsus [Numérique]

MyOwnDocumenta

Portraits et publications artistiques

MyOwnDocumenta

MyOwnDocumenta est un objet virtuel non identifié, par les artistes eux-mêmes, qui posent le temps de résidences infinies les traces de leurs projets en cours.

Vous pouvez y découvrir des publications quotidiennes d’artistes.

Également à découvrir sur le site le Livre I avec une présentation de 100 artistes avec notamment Adelin Schweitzer, Antoine Schmitt, David Guez, Ewen Chardronnet, Fabien Zocco, Jean-Marc Matos…

MyOwnDocumenta

Technopouvoir

Dépolitiser pour mieux régner

Diana Filippova

LLL / 2019

« À une époque de supercherie universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire. » (G.Orwell, 1984) quand écrit-elle « L’image de la technologie comme solution parfaitement intégrée à notre environnement nettoie toutes les frictions afin de la rendre parfaitement adaptable à notre désir ».

Le livre est construit en deux parties : La constitution du technopouvoir classique et Le technopouvoir polyphonique contre la démocratie. Donc ni complot, ni conspiration pour Diana Filippova qui écrit un essai enthousiasmant sous les regards choisis de Michel Foucault et Cornélius Castoriadis (auteur en1973 de « Technique », article de l’Encyclopaedia Universalis, publié dans « Les Carrefours du Labyrinthe 1 » 1978, éd. Points Seuil) mais de multiples expressions du pouvoir par les technologies, qui rappelle-t-elle, ne sont pas neutres, contrairement à une fausse idée.

« Le monde numérique se révèle chaque jour plus matériel, injuste et polluant. Internet lui-même ressemble à une vaste benne où nous venons déposer nos espoirs déçus. Les injonctions à reprendre le pouvoir tombent à l’eau : c’est que nous avons perdu la main. Et si les politiques des technologies n’avaient pas pour but de nous émanciper, mais au contraire de nous empêcher d’exercer notre pouvoir d’agir ? Et si les libertés dont elles font mine de nous gratifier n’étaient qu’un trompe-l’oeil pour mieux nier ce qui fait de nous des animaux politiques, nier notre capacité à critiquer, à contester, à nous rebeller ? Diana Filippova propose de déplacer notre regard et d’aborder les techniques comme un vivier de technologies de pouvoir – le technopouvoir. Son mobile : gouverner des êtres qui placent les droits et libertés individuels au-dessus de tout. Sa visée : servir les intérêts de certains aux dépens de nous tous. C’est ainsi qu’une nouvelle frontière électronique nous sépare les uns des autres, nous poussant à devenir des sujets parfaitement prévisibles, flexibles et gouvernables. C’est ainsi que le pouvoir échappe chaque jour davantage au royaume du politique. » (quatrième de couverture)

Diana Filippova est cofondatrice de Stroïka, une agence de propagande qui accompagne les directions générales des grandes entreprises et les fondateurs de startups et d’ONG en appliquant la règle stricte du "zéro bullshit ». Son premier livre, « Société Collaborative », est paru aux éditions Rue de l’Echiquier en mai 2015. Elle écrit pour la presse (Le Monde, les Echos, Alternatives Economiques, AOC, etc.) et contribue régulièrement à France Culture.

Publication du diagnostic CUNUCO LAB | Compétences et Métiers d’Avenir

Entre hybridations, mutations et nouveaux langages, le numérique traverse la société, devient un fait social et renouvelle aussi bien la création artistique que les pratiques des publics, les modes de production, de diffusion, de communication ou encore les modèles d’affaires. Comment garder la main dans un contexte où les évolutions et les ruptures technologiques imposent leur rythme et leur logique ?

http://www.tmnlab.com/diagnostic-co...

Culture & Recherche n°145

Création artistique et urgence écologique

Parution le 20.11.2023

Ce numéro de Culture & Recherche s’inscrit dans le continuum de trois numéros précédents de la revue, parus respectivement en 2014 et 2017, et dédiés à la recherche dans les écoles d’art et dans le spectacle vivant (n°s 130, 135 et 136).

Fruit des travaux du groupe de travail « Défis environnementaux » et de l’atelier « Veille artistique » de la Direction générale de la création artistique du ministère de la Culture, il a pour objectif de documenter, d’enrichir et de diffuser les ressources sur les liens étroits entre écologie et création artistique.

Il tente d’aborder les accolures systémiques entre l’écologie et la création artistique, de partager un état des lieux des modes d’être et d’agir, ainsi qu’une analyse des actions et recherches conduites par des femmes et hommes artistes, opérateurs, experts du ministère de la Culture, chercheurs et enseignants-chercheurs, étudiants des écoles supérieures d’art et associations citoyennes.

Ensemble, par leurs écrits, témoignages, manifestes, engagements, toutes et tous s’emparent de « ce que peut faire » la création artistique à l’écologie face à ce nouveau défi existentiel et civilisationnel, selon trois axes : les arts et l’écologie, imaginaires et représentations ; les actions et pratiques écoresponsables dans le champ de la création ; le nouvel écosystème de la création artistique.
Prévalence du sens commun, capacitation et générosité des artistes contribuent à mettre en œuvre des leviers qui expérimentent, avec l’ensemble du vivant et face à l’urgence, les rapports qui nous unissent.

Lire la revue

Thomas Pausz | Espèces sans Espaces

Les imaginaires du développement technologique

24 octobre 2023 | 14h à 16h

Médiacampus | Audencia | 41, bd de la Prairie au Duc | 44200 Nantes

À partir du projet d ́éco-fiction « Espèces sans Espaces » conduit dans le cadre de sa résidence au Laboratoire Modulaire de l’ésam Caen/Cherbourg, cette intervention visera à définir les enjeux d’une diversification du champ médiatique inter-espèces proposant de nouvelles formes de relation aux environnements menacés et aux espèces non-humaines. Pour ce faire, il examinera des pratiques historiques du cinéma expérimental tel le cinéma structuraliste, des technologies fictionnelles esquissées dans la science-fiction, ainsi que les mutations contemporaines des technologies numériques qui décentrent chacune à leur façon la place de l’humain. Il tentera d’extraire les modalités alternatives de relation vivant incarnées par ces différentes pratiques médiatiques inter-espèces réelles et fictionnelles.

Le Chantier de recherche « Les imaginaires du développement technologique » est co-organisé par Emmanuelle Caccamo (UQTR) et Marie-Julie Catoir-Brisson (Audencia Nantes).

Les imaginaires du développement technologique

Séminaire Critique de l’intelligence artificielle

CNRS Paris Pouchet 2023 | 2024

Trois rendez-vous à retenir de ce séminaire :

5.12.2023 – 11h à 12h30 / CNRS Paris Pouchet et visioconférence
Entre spectacularisation et critique complaisante, quelle place pour une exploration artistique critique de l’IA ?
Avec Marie Lechner, enseignante-chercheuse à l’ÉSAD, École supérieure d’art et de design d’Orléans, au sein de l’Écolab, et commissaire d’exposition indépendante

13.2.2024 – 11h à 12h30 / CNRS Paris Pouchet et visioconférence
Épistémologies féministes et langages de programmation aux États-Unis, en France et au Royaume-Uni : l’histoire du projet Logo (1960-1990).
Avec Apolline Taillandier, Cambridge University (LCFI, POLIS), Universitaet Bonn (CST)

Ce séminaire est organisé par Marie Garin (ENS Paris-Saclay) et Félix Tréguer (chercheur associé au CIS). Il s’agit d’un partenariat entre le Centre Borelli (ENS Paris-Saclay), l’Institut DATAIA (Université Paris-Saclay) et le CIS. Certaines séances sont enregistrées et diffusées en ligne.

Inscription

PUBLICATION TACTIQUE - TRAVAUX DE RECHERCHE

Bérénice Serra

Bérénice Serra

Le Laboratoire Modulaire / ésam Caen/Cherbourg / mai 2023

Le Laboratoire Modulaire propose un espace pluridimensionnel de recherche et d’expérimentation dédié à l’étude et au développement des pratiques artistiques dans le champ des arts numériques.

Entre 2018 et 2021, Bérénice Serra – artiste et membre du Laboratoire Modulaire – a développé un ensemble de quatre projets artistiques et éditoriaux explorant les enjeux de la publication tactique, à l’heure du numérique.

Cet ouvrage présente une documentation du travail mené par Bérénice Serra, ainsi que des échanges avec le socio-anthropologue spécialisé dans la culture numérique et le media-hacktivisme Jean-Paul Fourmentraux, la directrice de l’Espace multimédia Gantner Valérie Perrin et le coordinateur d’Oblique/s et membre d’HACNUM, réseau national des arts hybrides et cultures numériques, Luc Brou.

https://www.esam-c2.fr/Publications

Le livre blanc du Forum de la création numérique

PXN | association des producteurs d’expériences numériques

Le livre blanc du Forum de la création numérique, est proposé par PXN, l’association des producteurs d’expériences numériques, dans le cadre du Forum Entreprendre dans la culture à Paris.

Il vise à dresser un état des lieux de la création numérique française et de faire des propositions d’actions pour répondre.aux enjeux de conception, production et diffusion auxquels elle est confrontée.

Parmi les enjeux abordés dans le livre blanc : éco-responsabilité et production numérique immersive, quelle place donner au métavers dans la création numérique, financement de la création numérique, création immersive et lieux de diffusion.

À télécharger sur le site.

PXN

Étude d’impact des arts hybrides et cultures numériques

Villes Innovations | HACNUM

Raphaël Besson | Mathilde Gouteux | 2021

Oblique/s a participé et fait l’objet d’une étude au sein du réseau HACNUM sur l’écosystème des arts
et des cultures numériques, terrain de jeu d’acteurs pluriels, dont la multiplicité de formes et
d’activités les fait échapper à toute tentative de catégorisation précise. On peut néanmoins tenter
de les rassembler autour de certaines caractéristiques telles que l’utilisation des technologies
numériques dans la fabrique artistique, le caractère participatif du processus créatif, et une certaine
critique esthétique de la société numérique.

Réseau national des arts hybrides et des cultures numériques

À télécharger:
etude-externalites-final.pdf (3.2 Mio)

Femmes, genre et numérique : où est le problème ?

Journée d’études

24 août 2021

Faculté d’Informatique | Namur

Depuis plusieurs décennies, le constat reste le même : on compte peu de femmes informaticiennes, que ce soit dans les études, les formations et les métiers de l’informatique (IT). Où sont les informaticiennes dans les pays occidentaux ? Alors que les débuts de la profession étaient marqués par une relative parité, force est de constater que sa masculinisation est évidente, s’aggravant même depuis le début des années 2000. Le constat est similaire dans les études supérieures en informatique. Parallèlement à ce qui apparaît comme une pénurie, force est également de constater que les technologies numériques elles-mêmes sont « genrées », c’est-à-dire embarquent, dès leur conception, des biais de genre (mais aussi de classe, de race, de validisme et d’âgisme), dont les effets se ressentent dans les pratiques mais également dans les différents modes de transmission (formation, éducation au numérique).

Contribution | 5 juin 2021

Calendrier des sciences humaines et sociales

MASTER RÉALISATEUR EN ARTS NUMÉRIQUES (RAN)

MCF Université Jean Monnet | Saint-Étienne

Les Masters II Professionnels « Réalisateur en Informatique Musicale » et
« Réalisateur en Arts Numériques » sont ouverts :
 aux étudiants ayant un Master I en musique, en arts numériques, ou équivalents,
 aux étudiants ayant bénéficié d’une autre formation, ayant validé un Master I et pouvant attester d’un bon niveau en musique, ou/et en pratique artistique numérique (diplômes souhaités),
 aux enseignants, artistes et professionnels dans les domaines de l’informatique musicale ou/et de la création numérique contemporaine, justifiant d’une équivalence du Master I par une VAE. Les étudiants doivent disposer d’une culture scientifique et d’une expérience en informatique musicale et/ou en programmation dans le champ des arts numériques.

MODALITÉS DE RECRUTEMENT DES CANDIDATS
Effectif maximum de la promotion : 20 étudiants
Date limite de dépôt des dossiers : session 1 - 11 mai / session 2 - du 5 juillet au 27 aout.
Date de début des cours : début septembre
Contacts :
Vincent Ciciliato (RAN) – vincent.ciciliato@univ-st-etienne.fr
Laurent Pottier (RIM) – laurent.pottier@univ-st-etienne.fr

Master RIM/RAN

Paroles 2 Campus

La vulgarisation juridique avec Yann Paquier

<https://phenix.fm/podcast/la-vulgar...>

Paroles 2 Cam­pus reçoit Yann Paquier, doc­to­rant au Centre de recherches sur les droits fon­da­men­taux et les évo­lu­tions du droit à l’Université de Caen Nor­man­die pour par­ler de son tra­vail sur la trans­pa­rence des algo­rithmes, de vul­ga­ri­sa­tion et de la chaîne You­Tube « Au-delà du Binaire », qu’il anime.

Paroles 2 Campus | Radio Phénix

Livre blanc sur les ressources numériques

munki | 1D Lab

Analyse et bonnes pratiques du "parcours utilisateur", enjeu critique de la médiation numérique :
Présentation du concept de « parcours utilisateur » et de la « logique d’entonnoir » du trafic numérique des usagers ;
Statistiques des visites et méthodologies pour l’amélioration des accès aux ressources ;
Conseils et bonnes pratiques pour la présentation des ressources numériques ;
Conseils terminologiques pour bien communiquer auprès des usagers ;
Définition du concept de « ressource numérique » ;
Bonnes pratiques pour la conception des pages web (texte, titres, liens, images et logos).•Le rôle du portail (site web) dans l’information des utilisateurs et l’usage combiné des canaux alternatifs (réseaux sociaux, in situ, presse, newsletters, ateliers...) ;
Logique d’affichage des ressources avant et après connexion des usagers ;
Méthodologie pour la mise en œuvre de tests sur le parcours utilisateur vers les ressources ;
Bonnes pratiques pour la promotion des ressources auprès des usagers ;
Outils pour les bibliothèques sans portail.

ABF

Études critiques sur l’intelligence artificielle

L’intelligence artificielle et ses conséquences vues par les sciences humaines et sociales

Centre Internet et Société CNRS (rédacteur en chef : Tommaso Venturini)

Hypotheses / 2020

Le carnet piloté par le Centre Internet et Société du CNRS propose de regrouper les réflexions et les travaux au croisement interdisciplinaire de l’intelligence artificielle (IA) et des sciences humaines et sociales (SHS), en étudiant l’ensemble de technologies qu’on appelle “intelligence artificielle” (IA, dans un sens commun et très large, y compris les algorithmes, les plateformes, l’analyse de données massives, l’apprentissage automatique) et leurs effets sociaux, politiques, économique et juridiques, l’influence réciproque entre ces technologies et la société, et les manières dont les usages et les politiques peuvent se saisir des risques et des opportunités.

Études critiques sur l’intelligence artificielle

ETUDE-ACTION SUR LES ECO-SYSTEMES DES ARTS ET DES CULTURES NUMERIQUES EN FRANCE

Villes Innovations | HACNUM

Rapport rédigé par Raphaël Besson (Villes Innovations), avec les
contributions de Anne Coursan (Electroni[k]) et Sarah Marcelly Fernández
pour ZINC et le réseau inter-régional Arts & Cultures numériques.
Juillet 2019

À télécharger:
etude-action_rapport_final.pdf (10.3 Mio)

Intelligence artificielle

La Normandie cherche l’algorithme gagnant

L’étude de mars 2019 est présentée par Jean-Claude Soubrane sous la présidence de Nicole Orange.

L’intelligence artificielle n’est pas née au 21e siècle, mais l’explosion des données, la puissance de calcul des ordinateurs et la masse des données collectées en ont acce- léré l’essor. Alors que les GAFAM américains affrontent les BATX chinois, on peut se demander quelle est la place de la Normandie dans ce combat géopolitique. La région a pourtant bel et bien un rôle à jouer, autour de ses entreprises, de ses laboratoires, et de son écosystème de financement et d’accompagnement.

L’étude du CESER

À télécharger:
ia_fds.pdf (1.8 Mio)

Entretien avec Alain Damasio au cœur de la Vallée du Silicium

C’est plus que de la SF

22 avril 2024

Quand Alain Damasio, écrivain incontournable de science-fiction, part visiter San Francisco, cela donne un essai inclassable et truculent.
Note de lecture sur son essai en page publications.

C’est plus que de la SF

Neurone et IA : La bonne connexion ?

​Science Chrono

Samedi 20 avril 2024

Champ Vallo, 2023

Neurone et IA : La bonne connexion ?
Aux origines de l’intelligence artificielle, il y a la volonté de plusieurs chercheurs de décrypter les mécanismes de la pensée humaine. Quel rôle ont joué les premiers réseaux de neurones artificiels dans cette histoire à rebondissements ?

avec Alban Leveau-Vallier Docteur en philosophie, chargé de cours à Sciences Po Paris
auteur de L’intuition et la création à l’épreuve des algorithmes, Champ Vallon, 2023

​Science Chrono, France Culture

NFT, chaos dans le monde de l’art

Série documentaire ARTE

Grâce à la révolution des NFT, Beeple est devenu le troisième artiste vivant le plus cher au monde en vendant une œuvre plus de 69 millions de dollars. Moins d’intermédiaires, de barrières à l’entrée pour les collectionneurs, plus d’argent pour les artistes : les NFT promettent de métamorphoser la marché de l’art. Une utopie en marche ?

https://www.arte.tv/fr/videos/11241...

Mathématiques : debout les femmes !

La science cqfd

Mercredi 8 novembre 2023

France Culture

Au baccalauréat, seules 30 % des filles présentent la spécialité mathématique, contre 54 % des garçons. Le cas de cette discipline met en évidence les disparités de genre dans les sciences dès le lycée. Comment expliquer une telle différence ? Que fait l’absence des filles aux mathématiques ?
avec
Olivia Caramello Mathématicienne, professeur associée à l’Université de l’Insubrie à Côme en Italie et présidente de l’Institut Grothendieck
Ariane Mézard Mathématicienne, professeure à Sorbonne Université, en détachement à l’Ecole Normale Supérieure.
Mélanie Guenais Mathématicienne, vice-présidente de la Société Mathématique de France et coordinatrice du collectif "Maths & Sciences"

La science cqfd

Science-fiction : voir le futur en rose ?

La Science, CQFD

La dystopie règne en maître, dans l’univers de la science-fiction. Même si certains auteurs tentent de dépeindre un futur désirable, comme Fabien Cerutti, dans son ouvrage "Terra Humanis" paru aux éditions Mnémos. L’utopie et la dystopie sont-elles finalement les deux faces d’une même pièce ?

Une émission avec Alice Carabédian, autrice d’

Utopie radicale

(Seuil, 2022) et invitée à Ambivalences par Oblique/s durant le festival ]interstice[ en mai.

Avec aussi Yannick Rumpala Maître de conférences en science politique à l’université de Côte d’Azur, et directeur de l’équipe de recherche sur les mutations de l’Europe et de ses sociétés (ERMES) et Fabien Cerutti Agrégé d’histoire de géopolitique et des problématiques environnementales, et auteur de science-fiction et d’anticipation.

La Science, CQFD

Au fait, à qui profite le Bitcoin ?

Le code a changé

Une émission de Xavier De La Porte avec Nastasia Hadjadji, journaliste indépendante spécialisée dans l’économie numérique et autrice de « No Crypto, comment le bitcoin a envoûté la planète » (Divergences, 2023) qui fait une enquête précise et documentée sur les cryptomonnaies.

Le code a changé

Inégalités dans le numérique : pour un futur technofeministe

Le Meilleur des mondes avec Mathilde Saliou

24 février 2023

Alors qu’un rapport du Haut Conseil à l’égalité paru en janvier 2023 évoquait une montée en puissance des théories sexistes sur internet, qu’est-ce qu’être une femme aujourd’hui sur nos plateformes ? Assistons-nous un backlash post #metoo sur les réseaux sociaux ou l’espace numérique est-il par nature, un lieu discriminant pour les femmes et les minorités ? Comment selon l’autrice, le web a-t-il été conceptualisé de manière sexiste ?

Des questions autour desquelles s’entretiendront François Saltiel et Mathilde Saliou, journaliste et autrice de Technoféminisme - comment le numérique aggrave les inégalités (Ed. Grasset, 2023).

Le Meilleur des mondes

Isaac Asimov

L’étrange testament du père des robots

Jusqu’au 4 avril 2023

Mathias Théry

2020

D’une cassette vidéo, avalée par un antique magnétoscope, émerge le visage d’Isaac Asimov. Pendant près d’une heure, recréé par une intelligence artificielle, son avatar nous livre un passionnant message testamentaire, construit à partir d’extraits des conférences, livres, préfaces, articles, entretiens et lettres personnelles qu’il a produits entre 1950 et 1989. Illustré par de nombreuses archives, le portrait que consacre à Asimov Mathias Théry ne donne qu’une envie : se (re)plonger dans son œuvre pour méditer ce que ce génial écrivain espérait pour nous, lui qui avait compris que "l’humanité n’a pas les moyens de gaspiller ses ressources financières et affectives dans d’interminables conflits dépourvus de sens".

Arte

Mooc Digital Paris

Du numérique et des usages avec Jérôme Colombain

Les pratiques et cultures numériques modifient notre rapport aux médias, à l’image et plus globalement interviennent sur nos comportements citoyens au quotidien. Si elles sont transversales à bien des domaines, allant des arts visuels aux arts appliqués, jusqu’au spectacle vivant, elles posent aussi de nouveaux questionnements d’ordres sociétaux, culturels, philosophiques, économiques, éthiques que nous voulons comprendre.

Dominique Moulon reçoit Jérôme Colombain, journaliste spécialiste des technologies, qui a tenu la chronique Nouveau Monde à Franceinfo et est, avec François Sorel, cofondateur la chaîne 01TV. Il anime le podcast Monde numérique qui donne la parole aux acteurs de l’innovation. Il est notamment l’auteur de l’ouvrage Faut-il quitter les réseaux sociaux ?
mondenumerique.info

Mooc Digital Paris

Star Wars et le droit : l’étude des droïdes

Au-delà du binaire

Au-delà du binaire vous présente un ouvrage collectif s’intéressant à l’univers Star Wars au prisme du droit (le droit contre-attaque) ! Yann Paquier y présente une synthèse de sa contribution sur le droit des robots (droïdes).
Cet ouvrage destiné aussi bien aux juristes, étudiants ou profanes en droit qui souhaiteraient découvrir ce domaine par l’intermédiaire de la science-fiction.

PUFC

Voyage au pays d’Orwell : Watch dogs Legion

Au-delà du binaire

Yann Paquier vous fait découvrir une œuvre vidéoludique traitant de la surveillance numérique généralisée et de la fin du libéralisme politique. Ce jeu vidéo partage avec 1984 de George Orwell la reconstitution d’un Londres dystopique.

Nectart n°11

Édition de l'Attribut / Été 2020

Dans ce numéro 11, retrouvez trois articles dédiés au numérique :

Les arts numériques, acteurs clés des transitions territoriales ? de Raphaël Besson
Il y présente le réseau national HACNUM et ses acteurs dont font partie en Normandie Oblique/s, Station Mir/festival ]interstice[ à Caen, Le Tetris / festival EXHIBIT ! au Havre et le Théâtre L’éclat / #Noob festival à Pont-Audemer.

Internet : entre colonialisme numérique et émancipation de Vincent Mabillot
Initiée par Framasoft, la résistance pour préserver les libertés numériques est un parcours semé d’embûches.

Plateformes collaboratives : la nouvelle ère de la participation culturelle ?
de Marta Severo et Olivier Thuillas
Wikipédia, YouTube, Babelio... Les plateformes collaboratives du Net ont révolutionné la pratique culturelle et l’accès au savoir, et bousculé les systèmes de légitimité.

Revue Nectart

Gaël Musquet

« hacker citoyen »

Gaël Musquet, « hacker citoyen » basé à Evreux, co-fondateur de OpenStreetMap, est fondateur et président de HAND, association dont l’objectif est de préparer aux catastrophes naturelles, afin de réduire le nombre de victimes ; cette préparation est réalisée à travers des solutions technologiques ainsi que des exercices civils avec les pouvoirs publics et les populations ; elle fait également intervenir l’ensemble des objets similaires, connexes ou complémentaires ou susceptibles d’en favoriser la réalisation ou le développement.
Il fait la couverture du premier numéro de So good publié en juin 2020.

HAND

William Gibson

Une œuvre dans le rétroviseur du futur

Maxence Grugier

La Spirale

https://www.howtoacademy.com/podcasts/william-gibson-how-to-create-the-future/

Retour vers le futur, pour une exploration illustrée de l’œuvre de William Gibson à la lumière des évènements actuels avec deux interviews réalisées initialement pour les magazines MCD (le mag des cultures digitales) et Trax, remixées spécialement pour les lecteurs de La Spirale en temps de confinement à découvrir sur le site de La Spirale.

La Spirale

Le code a changé

Une série d’émissions de Xavier De La Porte

France Inter

“Le code a changé” parle de numérique. Mais comment ? Pourquoi ? Et en quoi toutes ces technos changent quelque chose à nos vies ? Xavier De La Porte tourne autour de la question avec ses invités dans ce podcast original et parfois très surprenant.

Au programme à ce jour :
David Dufresne raconte Allo@Place_Beauvau
La mode et Instagram
Le pylône qui valait 5 millions de dollars
Psychanalyse du web
Mark Zuckerberg est-il un génie ?
Mark Zuckerberg est-il dangereux ?
Ce que les pouvoirs gagnent à tout savoir de nos vies
Archiver le web

France Inter - Le code a changé

Mark Alizart, philosophe de l’informatique

Portrait radiophonique

2000

Image : Mark Alizart©Hannah Assouline

Portrait du philosophe Mark Alizart qui fut notamment acteur de l’art contemporain, conseiller auprès du ministre de la Culture Frédéric Mitterrand et qui suivit finalement son intuition philosophique en questionnant la notion d’informatique, notamment par une relecture du philosophe Hegel.

J’ai toujours su que j’avais la vocation de la philosophie mais je n’ai pas su tout de suite si j’avais quelque chose à dire. Puis j’ai eu quelques accidents de parcours universitaires, on m’a notifié sèchement qu’il fallait peut-être que je fasse autre chose… Je voulais être professeur de philosophie, c’était mon ambition, j’ai passé les concours que j’ai brillamment échoué à réussir et j’ai donc mené ma vie autrement. Et puis c’est seulement récemment, il y a quelques années, que j’ai senti que j’avais peut être quand même quelque chose à dire, et quand j’ai senti ça venir je me suis dit : alors c’est vrai !
Mark Alizart

Une émission diffusée le 22 mars 2019.

Les chemins de la philosophie